CHAPITRE viir. i
vérités de la foi dans ce livre qui devait être une réfutation parfaite du gnosticisme; seulement il ne se tint pas assez en garde contre la philosophie platonicienne, dont l'influence porta souvent atteinte à la pureté des dogmes catholiques qu'il étudiait. Les amis de Jérôme répandirent sa traduction et sa lettre, après avoir supprimé celle qu'il adressait à Rufin. Notre saint ne parlait de lui qu'avec une réserve extrême, évitant même d'écrire son nom ; Pammachius et les autres rétablirent le nom de Rufin , et lui appliquèrent, à lui en particulier, ce que Jérôme avait dit des hérétiques en général; enfin ils mirent en parallèle les deux traductions pour mieux montrer la fidélité de l'une et la perfide interprétation de l'autre. Tout cela irrita Rufin : il crut Jérôme son ennemi déclaré, et prit le parti de le traiter désormais comme tel. Ce fut donc par la faute de quelques imprudents que le flambeau de la discorde se ralluma entre Jérôme et Rufin ; il devait projeter ses sinistres clartés sur leurs derniers jours, pour ne s'éteindre pas même en face du tombeau d'un des adversaires.
Pendant que Pammachius, Océanus et d'autres servaient si mal la cause de Jérôme, les intérêts de Rufin trouvaient aussi des défenseurs. Un certain Apronianus, de haute noblesse, avait été converti au christianisme par Rufin, auquel il conservait une vive affection, et pour témoigner sa reconnaissance, il se montrait disposé à le servir de tout son pouvoir. Il s'empressa de lui envoyer la traduction et la lettre de Jérôme à Pammachius, le pressant de ne pas manquer d'y répondre. C'est ainsi que par un fatal enchaînement de circonstances, les haines s'envenimaient, et la faute en retombait sur des hommes dévoués à la foi, poussés par de bonnes intentions, mais qui. malheureusement, en voulant éteindre
des étincelles allumaient des incendies. Rufin crut son honneur engagé dans la lutte : immédiatement il prépara une réponse contre tous les écrits qu'il imaginait avoir été composés par Jérôme dans l'intention de l'outrager. Tout semblait se réunir pour augmenter ses ressentiments et le disposer à ne garder aucune mesure dans l'expression de sa haine. Le patriarche d'Alexandrie, qui avait paru jusque-là favoriser les doctrines d'Origène, se montra tout à coup d'un sentiment opposé. Ce changement se manifesta d'abord par des faits isolés, des paroles amères à l'endroit des origénistes. Bientôt son zèle s'enflamma, il réunit un synode dans Alexandrie, et frappa d'anathème l'origénisme et ses partisans'. Il écrivit aussitôt au pape Anastase, qui venait de succéder à Sirice, pour lui annoncer ce qu'il avait fait; il l'engageait à porter la même sentence et à déclarer Origène hérétique au jugement de l'Eglise d'Occident. Théophile n'oublia pas d'instruire Jérôme de cette condamnation, il ajoutait dans sa lettre % qu'armé de la faux du prophète, il avait détaché de la vigne du Seigneur quelques misérables qui voulaient répandre les erreurs d'Origène dans les monastères de la Nitrie. Il priait ensuite le solitaire de Bethléem d'extraire des saints livres tous les passages qui pouvaient servir à réfuter ces doctrines hérétiques. Jérôme répondit à Théophile et le félicita de son zèle pour la bonne cause : «Vincent, disait-il, arrivait de Rome apportant la nouvelle que les écrits du patriarche d'Alexandrie avaient amené la ruine entière de l'origénisme en Italie. »
En effet, les lettres de Théophile étaient à peine arrivées à Rome, que le pape en reçut d'autres de saint Eu-
* Le Nain de Tili.emont, art. XCVIII, saint Jérôme.
* Ep. LX, Thcoph. ad Hieronjmun, t. IV, p. 598.