CHAPITRE Vllf
sèbe de Crémone, qui dénonçait un certain nombre de propositions extraites de la traduction de Rufin. En présence de ces accusations, Anastase prit le parti d'agir d'une manière décisive. Saint Léon le Grand dit que les évêques se réunissaient habituellement deux fois l'année à Rome pour délibérer sur les affaires ecclésiastiques \ Ce fut donc dans le synode tenu au printemps de l'an 400, que le pape Anastase, après avoir mûrement réfléchi et sérieusement étudié la question, déclara les doctrines d'Origène entachées d'hérésie. Nous trouvons dans saint Jérôme tous les témoignages à l'appui de cette grave mesure, qui mettait immédiatement l'origénisme au ban de l'Église \ Le pape fit part de la décision du concile à Simplicianus , qui venait de succéder à saint Ambroise sur le siège de Milan ; Théophile, de son côté, écrivit de toutes parts pour annoncer en Orient la condamnation portée à Rome contre les origénistes, car elle donnait une nouvelle force à la sentence dont il avait lui-même frappé l'erreur au synode d'Alexandrie.
L'origénisme était ainsi touché au cœur, il ne pouvait plus que languir et s'éteindre : ce n'était pas assez, Anastase voulut s'assurer par lui-môme de la foi de l'auteur de tous ces troubles. 11 manda Rufin à Rome pour qu'il se défendit contre l'accusation de partager les erreurs d'Origène; cet ordre fut transmis à tous ceux que l'on soupçonnait défavoriser les nouvelles doctrines, ils durent venir à Rome rendre raison de leur conduite, et attester qu'ils étaient sincèrement attachés à la vérité catholique. Saint Jérôme le dit expressément % et il en fait un titre de gloire à Marcella, qui avait travaillé
* s. Leonis Magni epist. IV, cap, vu.
« Ep. LXXXVn, ad Pamm. et Marcel., t. IV, p. 690.
* Adv. Ruf., lib. I, p. 359 ; lib. Il, p. 417 ; lib. llï, p. 459.
il2 LES VOYAGES DE SAINT JÉRÔME.
de toutes ses forces à la défaite de l'erreur* : Damnationis hœreticorum hœc fuitprincipiimi.
L'orage qui éclatait contre Rufin était propre à lui inspirer des craintes sérieuses : cependant, il ne baissa pas sitôt la tête, et commença par répondre à la lettre de Jérôme à Pammachius, parce qu'il la regardait comme la cause de tous ses ennuis. Il écrivit ensuite son Apologie en deux livres, que l'on appelle du nom d'/nvectiveSf à cause de la violence du langage. Dans le premier, il repousse les accusations portées contre sa foi, et montre qu'il est orthodoxe dans sa croyance aux dogmes de la sainte Trinité, de l'Incarnation, de la Résurrection, de la seconde venue du Christ et du jugement dernier; il explique ensuite pour quelles raisons il avait traduit le livre Des Principes, et se plaint de l'infidélité des copistes ou de la malice de ses ennemis qui dénaturaient son œuvre. Le second livre est tout entier à l'adresse de Jérôme, dont il attaque avec une extrême vivacité les actes et les écrits. L'intention de Rufin n'avait pas été de publier cette Apologie, il ne l'écrivait que pour Apronianus et ses amis de Rome, aux yeux desquels il ne voulait pas être hérétique.
Tout cela ne satisfaisait pas Anastase, qui attendait l'arrivée de Rufin à Rome ; celui-ci ne se pressait pas d'obéir à l'injonction du pape, et préféra lui adresser en guise de profession de foi, une nouvelle apologie en un seul livre, qui n'est à vrai dire que le résumé des Invectives ^
Tel était le sort des origénistes en Occident; leur fortune ne différait guère en Orient, et les écrits de saint Jérôme sont les seuls documents qui 'nous restent pour
' Ep. XCVI, ad Principiam, id., p. 782. - Apologia Rufmi ad Anastasium.