‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 197 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

nous instruire sur les derniers incidents de la lutte. A peine Théophile eut-il reçu les lettres qui lui annonçaient la condamnation des origénistes à Rome, qu'il se mit à les poursuivre avec un zèle que l'on pourrait appeler d'un autre nom. Aux fêtes de Pâques, le patriarche d'Alexandrie avait coutume d'adresser à tous les évoques d'Egypte, dont il était métropolitain*, une lettre pour leur exposer la situation et l'état des affaires religieuses dans la province, et en même temps pour les engager à redoubler d'ardeur dans la défense de la foi. Ces missives s'appelaient Lettres pascales, elles ressemblaient aux mandements de nos évêques, et peuvent souvent servir à répandre de la lumière sur les événements de l'époque. Théophile ouvrit l'année 401 par une lettre pascale que saint Jérôme traduisit aussitôt en latin ^ ; elle est d'une violence extrême, et rien ne saurait excuser le patriarche d'avoir osé tenir un pareil langage. Accuser Origène de la plus impudente témérité, d'erreurs manifestes, de sottise, d'ignorance, d'orgueil, d'impiété, de délire, le montrer poussé par un esprit satanique, en faire l'apôtre du démon, pour enseigner partout les plus odieux blasphèmes, appeler ses partisans les plus sots des hommes, leur reprocher de n'être que les parasites de la faconde de leur maître, et d'afficher une foi qu'ils n'ont pas : en vérité, ces façons de dire sentent, il faut l'avouer, un peu trop la tribune antique et l'ancienne comédie; ce n'est plus la charité évangélique,cela dépasse même les bornes de la correction fraternelle. Un peu de respect pour le nom d'Origène, un peu d'estime de sa science, un peu

* Le Nain de Tillemoxt, art. XCVlll. —On a découvert récemment des lettres pascales de saint Alhanase; elles prouvent l'antiquité de cet usago dans l'Église d'Alexandrie.

- Epist. paschalis Tlieopli., Op. Hier., t. IV, p. 705.

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de condescendance en faveur de sa bonne foi n'eussent rien gâté dans cette lettre pascale; après les services rendus à l'Église par ce grand homme, il méritait bien quelques égards, nous aimons à croire que Dieu ne lui aura pas fait un crime de quelques erreurs involontaires, et qu'au ciel il a placé parmi les étoiles celui qui sur la terre brilla d'un si vif éclat.

Les moines de Nitrie comptaient dans leurs rangs des sectaires connus par leur attachement aux doctrines d'Origène*; l'année précédente, ils avaient assez mal accueilli la lettre synodale de Théophile. Cette fois, ils ne se montraient ni plus obéissants, ni plus soumis, capti eloquentiœ sono, dit Théophile à la fin de sa lettre pascale ^ Pour éluder la condamnation portée contre leurs erreurs, ils imaginèrent les subtilités que les jansénistes invoquèrent plus tard; ils distinguèrent entre la question de droit et la question de fait. Ils condamnèrent les doctrines censurées par Théophile, mais ils nièrent qu'elles se trouvassent dans Origène, et prétendirent qu'elles avaient été insérées dans ses ouvrages par d'autres hérétiques fiers de placer ainsi leurs erreurs sous le patronage d'un nom illustre'.

Pour les contraindre à l'obéissance qu'ils refusaient aux lettres synodales et aux avis particuliers des évêques, Théophile se décida à chasser un certain nombre de ces moines récalcitrants et afin d'empêcher les bannis de se prévaloir de la persécution, carie malheur a toujours des charmes, il envoya Eubule et Priscus en Palestine prévenir les esprits contre toute séduction*.

' Ep. LXII, Theophili ad Hieronymum, id., p. 599. - Ep. paschalis Theop., id., p. 715. — Pour se faire une idée de ia violence de cette lettre, voir p. 708, 710, 71 1. ^ Vallarsii et Mavf.ei, Vita Hieronyml, cap. xxxi. * Ep. LIX, ad Theophilum, id., p. 597.

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