CHAPITRE YIII
Ces détails nous sont fournis }3ar saint Jérôme : il avait accepté ce qu'il appelle sa tâche ordinaire, solitum officium, de traduire tous les écrits qui paraissaient contre l'origénisme*. Il était comme un écho qui renvoyait à l'Occident les cris de guerre et les chants de victoire des catholiques d'Orient. Les exemplaires grecs des ouvrages composés contre les erreurs d'Origène ont disparu, c'est pourquoi Ton est heureux de recourir aux traductions de notre docteur pour connaître cette grande question qui troubla si longtemps le monde chrétien. Ainsi nous trouvons parmi les œuvres de saint Jérôme les lettres synodales de Théophile, les lettres pascales du même patriarche, la correspondance de saint Epiphane et de Théophile, la lettre synodale du concile de Jérusalem à Théophile et la lettre de Denys, évêque de Lydda à ce patriarche. Tous ces précieux documents seraient perdus si Jérôme n'avait pris soin de les traduire en latin pour les Eglises d'Occident ^.
A Rome, les partisans de Rufin demeuraient fidèles au secret dont il avait environné son Apologie : trois ans s'étaient écoulés, et les amis de Jérôme ne savaient encore rien de l'existence de cet ouvrage. Enfin Pammachius et Marcella arrivèrent à surprendre quelques fragments avec les sommaires, et Paulinien qui retournait en Orient après avoir vendu le reste des biens de Jérôme dans sa patrie, se chargea de remettre à son frère ces notes incomplètes du livre des Invectives. L'ermite de Bethléem se mit aussitôt en devoir d'écrire à son tour une Apologie dont il offrit la dédicace à Pammachius et à Marcella.
* Ep. LIX, id. « Nuper tuac Bealitudinis perccpi scripta emendantin velus silentium et me ad solitum offlcium piovocantia. »
* Ces documents ne se trouvent point dans l'édition bénédictine. Voir S. Ilieronymi opéra, Migne, t. I, Kp. XCIl, XGIII, XCIV, XCV.
Elle se divise en deux livres : dans le premier, il répond aux accusations portées contre lui par Rufin, et passe en revue les principaux écrivains que son adversaire avait cités à l'appui de ses opinions. Tout en repoussant l'attaque, il frappe à coups redoublés sur l'origénisme et sur les partisans de ces nouvelles doctrines. Les traits de satire ne manquent pas à l'adresse de Rufin : la verve railleuse de Jérôme étincelle surtout à l'endroit où il se défend contre le reproche de trop aimer les auteurs païens. Cette affection de notre saint pour l'antiquité profane a été soumise, il faut l'avouer, aux plus rudes épreuves, mais elle ne fit que jeter des racines plus profondes dans son cœur. Telles sont ces plantes vivaces qui s'attachent aux plus hautes branches des grands chênes, le vent et la tempête semblent les fixer plus solidement aux rameaux où elles ont pris naissance. Le sentiment qui ramenait sans cesse saint Jérôme vers les chefs-d'œuvre de Rome et d'Athènes livra son âme aux impressions les plus diverses : jugeant d'abord cette passion excessive, il en avait accusé les emportements avec la vivacité que nous lui connaissons et qui ne lui permettait pas de se ménager quand il n'épargnait pas les autres. Dans la suite cet attachement pour les auteurs anciens, sans rien perdre de son énergie, se renferma dans de justes limites, et Jérôme s'expliqua clairement le jour où Magnus vint lui demander raison de son érudition païenne. Plus tard enfin, quand il entendit ses adversaires lui faire un crime de ses éludes profanes, le traiter de parjure parce qu'il ne pouvait s'en détacher, et réveiller pour le convertir à leurs idées, les terribles visions qui l'avaient épouvanté si fort àChalcis, notre saint docteur ne changea rien aux habitudes qui charmaient sa vie solitaire, mais il se défendit contre ces nouveaux agresseurs et renvoya les