‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 199 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

traits de façon à ôter aux mauvais plaisants i envie de recommencer leurs imprudentes attaques ^ «Si tu avais « étudié la littérature profane, dit-il à Rufin , ton esprit, « semblable à un vase de parfums, en garderait l'odeur. « L'eau ne saurait enlever la pourpre qui teint les « étoffes. Les ânes et les autres animaux reconnaissent, « après un long voyage, l'élable où ils se sont reposés. « Tu t'étonnes de ce que je n'ai pas oublié mon lalin, toi « qui as appris le grec ^ans maître. Faut-il donc aller « boire au Lélhé, comme disent les poètes, pour que l'on « ne m'accuse plus de savoir ce que l'on m'a enseigné ? « Mais toi, qui me reproches mon érudition, si petite « qu'elle soit, et qui te regardes toi-même comme un « lettré, comme un savant, dis-moi, pourquoi t'es-tu « mêlé d'écrire et de traduire Grégoire en rivalisant « d'éloquence avec ce grand' génie ? Où as-tu pris ce « style abondant, ces pensées éclatantes, ces images « choisies, toi qui dans ta jeunesse effleuras à peine les « premiers principes de l'art oratoire ? Je me trompe « bien, si tu ne lis pas Cicéron en cachette. C'est lui qui « t'a formé, sans doute, et tu me fais un crime de l'étu- « dier, afin de conserver parmi les écrivains sacrés le « monopole de l'éloquence!... Que l'importe si les autres « ne comprennent pas ce que tu dis? tu ne parles pas « pour tout le monde, mais seulement pour les liens. « Moi aussi, je lis les livres, bien que je ne comprenne « pas toujours ce que lu veux dire et que souvent il me « semble lire Heraclite. Je n'en ai pas de chagrin, et ne « m'atlriste nullement de mon peu d'intelligence; j'é- « prouve en te lisant ce que lu as dû souffrir en écri- « van t. »

Le second livre est une réfutation spéciale de VApo

• Apol. adv. Ru/"., lib. 1, t. IV, p. 385.

logie de Rufin au pape Anaslase : là, notre Dalmale attaque son adversaire corps à corps, il descend avec lui dans l'arène, il emprunte ses expressions, se moque de la barbarie de son langage, lui prouve qu'il n'a même pas lu ses écrits avant de les critiquer; enfin il termine en lui demandant une copie des trois livres qu'il a composés pour son Apologie, et dont il ne possède à Bethléem que des fragments très-incomplets.

Un marchand qui passa par Aquilée, en venant de rOrient, remit à Rufin un exemplaire de cet ouvrage : aussitôt il envoya son Apologie à notre saint avec une lettre des plus violentes : nous la connaissons par Jérôme qui en cite différents passages, où son adversaire allait jusqu'à le menacer de le faire mourir s'il ne gardait le silence*. Ces grosses paroles ne causèrent pas une trop vive impression à l'ermite de Bethléem, car il y répondit par un troisième livre ajouté à son Apologie pour résumer sa défense, renouveler ses accusations contre les origénistes, épuiser contre Rufin les traits les plus acérés de la satire '-*.

Voilà bien du fiel et de l'amertume dépensés de part et d'autre ; heureusement des terres et des mers séparaient les deux antagonistes, qui s'oubliaient de la sorte à échanger, dans le feu de la discussion, des injures,

' Apol. adv. Ruf., lib. III, id., p. 470.

- Le passage suivant renferme à la fois les attaques de l'un des adversaires et les réponses de l'autre : il suffira pour nous montrer comment ils entendaient la raillerie. « Quodque addis, « peccata putere, non verba, men- « dacium, calumniam, detractionem, falsum testimonium, et universa con- « vicia, et os quod mentitur occidit animam (Sap. I, ii) ; » monesque « ne « ille fœtor nares meas penetret, » crederem dicenti, nisi facta contraria « deprehenderem, quasi si fullo et coriarius moneant pjgnantarium, ut na- « ribus obturatis, tabernas suas prœtereat. Faciam ergo, quod prgecipis, « claudam nares meas, ne veritatis et benedictionum tuarum suavissimo « odore crucientur. » {Apol. adv. Ruf., lib. 111, p. 463.)

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