‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 20 sur 236 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Jérôme écrivait encore à son ami Pammachius*pour lui faire l'éloge de la virginité; il y joint l'humble aveu d'avoir perdu pour lui-même une vertu qu'il admirait si fort dans autrui. Comme un frêle esquif emporté par le vent sur une mer tourmentée se voit souvent inondé par la vague écumante sans jamais être englouti , parce qu'une main habile le soutient et le dirige au milieu de la tempête, ainsi Jérôme demeura ferme et inébranlable dans la foi, malgré toutes ces faiblesses dont la mémoire remplie d'amertume le poursuivait au milieu des rochers de Chalcis et jusque dans la grotte du Sauveur à Bethléem. Mais avec ce sentiment profond de sa misère, il ne tarda pas à comprendre qu'il était temps de revêtir l'armure de Jésus-Christ pour résister au démon de la chair, dont le terrible aiguillon lui faisait éprouver, comme autrefois à saint Paul, ses humiliantes atteintes; il sentit que, sans s'appuyer sur le bras de Dieu, il ne pourrait marcher d'un pas ferme et assuré dans la roule où il avait déjà glissé. Il ne voulut donc point différer plus longtemps la cérémonie de son baptême. A cette époque, on attendait souvent pour recevoir ce sacrement, que l'âge critique des passions eût fait place à plus de gravité; ainsi, saint Ambroise et son frère Satyrus, saint Grégoire de Nazianze, saint Augustin n'étaient plus adolescents quand ils furent baptisés. Théodose suivit cet exemple ; Constantin ne reçut le baptême qu'à son lit de mort, et Valentinien III mourut catéchumène.

Deux lettres que Jérôme écrivit au pape Damase servent à préciser la date de cet événement, d'une si haute importance dans la vie du saint docteur. Quelques auteurs ont prétendu qu'il ne fut baptisé que dans un second voyage à Rome ; ce serait alors après son excur-

* Ep. XXX, adPammach. Id., p. 242.

36 LES VOYAGES DE SAINT JÉRÔxME.

sion dans les Gaules, et le pape Datnase lui-même lui aurait ainsi conféré le bapléme. Il nous semble difficile d'admettre cette hypothèse, car elle ne s'accorde point avec le témoignage de saint Jérôme. « Je viens deman- « der de la nourriture pour mon âme, » écrit-il à ce pontife ', « là où jadis on m'a revêtu des vêtements du Christ. » Ailleurs, il dit encore en s'adressant au même pape 2: « Je l'ai déjà écrit, j'ai revêtu la robe du Christ à « Rome, et maintenant je me retire dans les sauvages con- « trées de la Syrie. » — Or, saint Jérôme s'adressait au pape Damase pour le prier de vouloir bien diriger et éclairer sa foi; s'il avait reçu le baptême des mains de ce pontife, n'était-ce pas l'occasion de le lui rappeler, d'insister même sur cette circonstance, au lieu d'employer cette expression olim, autrefois, qui nous oblige à renvoyer à une époque plus reculée le moment de cette cérémonie? Elle eut lieu la dernière année du pontifical de Libère, en l'année 366, avant qu'il eût accompli sa vingtième année. En effet, un vieil écrivain, Gennadius, dit-on, prétend que Jérôme fut baptisé dans son enfance ; dès lors, selon la manière de compter de notre saint, il ne devait pas avoir vingt ans révolus. Nous ne pouvons nous arrêter à une date postérieure, car, dans sa Lettre à Florentius % Jérôme fait entendre qu'un assez long intervalle sépare son baptême de celui de Rufin; si nous rapprochons la lettre au pape Anastase% d'un passage du second livre des Invectives de Rutin % celui-ci fut baptisé en 371.

Jérôme s'inclina donc trois fois sous la main du pape

' Ep. XIV, ad Damasum. Ib., p. li).

' Ep. XVI, ad Damasum. Iih, p. 2?.

^ Ep. Il, ad Florenlium. /cf., p. 4.

♦ Vailahsii et Maffei, Vita Hieron., cap. m.

^ Idem.

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