‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 205 sur 236 · CHAPITRE Mil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil

sant ' : « Je demande à la fin de ma letlre que vous ne « forciez pas à combattre un vieillard, un vétéran qui a « besoin de repos ; n'allez pas l'exposer encore au danger. « Vous qui êtes jeune et revêtu de l'autorité pontificale, « enseignez les peuples, enrichissez Rome des fruits u nouveaux de l'Afrique, qu'il me suffise à moi de murer murer avec quelques pauvres auditeurs au coin de « mon monastère. »

Peu après on lui remit la lettre si douce, si soumise de saint Augustin, et l'âme du vieux solitaire tressaillit d'allégresse ; aussi, lorsque l'année suivante, le moine Firmin partit pour l'Afrique, il lui donna une letlre pleine de tendresse où il s'excuse avec une grâce charmante auprès de l'évêque d'ïïippone ^ de ce que, dans ses réponses, il s'était quelquefois servi d'expressions un peu rudes : puis, il le prie de laisser à l'avenir de côté toute discussion afin de travailler en paix le vaste champ des divines Ecritures. Augustin, content d'être rentré en grâce, pria cependant encore Jérôme de lui expliquer le passage de l'Epître aux Galates qui avait donné naissance à la discussion ' : son langage respire toujours la même humilité, la même modestie; l'évêque d'Hippone demande pardon de sa vivacité et il exprime de nouveau ses regrets de ce que sa première lettre en s'égarant ait jeté quelque tristesse dans l'âme de son ami.

Ainsi finit la discussion. J'admire la douceur de saint Augustin, mais je me sens tout disposé à excuser l'humeur quelquefois un peu difficile de saint Jérôme. Ce vieillard qui a si longtemps étudié les divines Ecritures

' Ep. LXXIV, id. « Quiescentem senem, olimque veteranum milllare non cogas. »

• Ep. LXXVI, ad Hieron., id., p. 629.

' Idem, p. 63t.

et médilé sur ces pages sacrées, ne me déplaît pas quand il sourit aux conseils d'un jeune homme et refuse de chanter la palinodie, j'aime cet athlète blanchi par les années et fatigué par les combats, refusant d'engager sa gloire à lutter contre un rival dans la force de l'âge et au début de sa carrière. Je ne m'étonne point de voir le solitaire de Bethléem céder parfois à la fougue de son caractère, et lorsque j'entends sortir de ses lèvres sa parole ardente, passionnée, je me souviens que le feu qui brûle donne aussi la flamme qui réchauffe.

Nous ne saurions apporter la même bienveillance pour excuser la conduite de saint Jérôme à l'endroit d'un autre pontife de l'Eglise d'Orient. Grand évoque, illustre confesseur, presque martyr, il répondait au nom de Jean, mais les peuples émerveillés de son éloquence l'avaient appelé Chrysoslome. L'envie el la haine s'attachèrent à ses pas, il fut leur victime. En le voyant pressé, accablé, on éprouve ce que l'on ressent devant un magnifique édifice : hier, il était l'orgueil de la contrée, ses flèches s'élançaient dans les airs, les hommes s'agenouillaient sous ses voûtes pour prier en paix, aujourd'hui la tempête l'a renversé, ses ruines jonchent la terre, le peuple désolé ne sait plus sous quel abri se réunir pour offrir à Dieu ses joies et ses douleurs. Ce sentiment de tristesse n'est-il pas remplacé par l'indignation, si l'on voit des mains sacrilèges s'emparer de ces pieux débris pour en faire des égouts, des échoppes, des pavés de rue ou les garde -fous d'une place publique? C'est là l'impression qui nous domine au souvenir du livre di' Invectives, écrit par Théophile contre saint Jean Chrysostome, et de la lettre qu'il adressait à notre Dalmate pour le prier de traduire en latin ce tissu d'outrages et de calomnies. Quelqu'un l'avait appelé innormem librum : le temps en a fait

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