‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 206 sur 236 · CHAPITRE VIII. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. i

heureusement justice, nous voudrions à la gloire de Jérôme qu'il n'eût pas employé sa plume à la traduction de cette œuvre d'iniquité. Il devait se défier de Théophile : pourquoi saint Jean Chrysostome ne lui rappelait-il pas Origène? En lisant les Invectives, que ne songeait-il à la lettre pascale de 401? N'avait-il pas été lui-même desservi auprès du patriarche d'Alexandrie, et ne pouvait-il pas croire qu'un autre Isidore avait également calomnié Chrysostome auprès de Théophile? Dans tous les cas, avant de se faire l'interprète d'un pareil jugement, avant de divulguer une critique aussi sanglante à l'adresse d'un grand homme, d'un grand évêque, ne fallait-il pas au moins s'assurer des faits, de peur de devenir le fauteur d'une injustice, le propagateur d'une calomnie? Un soupçon s'offre à notre esprit : saint Jean Chrysostome n'était pas l'ami de saint Epiphane; en traduisant le pamphlet de Théophile, Jérôme songeait-il à servir les ressentiments de l'évêque de Salamine? Une femme d'un grand esprit a dit : « Les amis de nos amis sont aussi nos amis. » La pensée serait-elle vraie, appliquée aux ennemis? L'adversaire de saint Epiphane était-il devenu l'ennemi de saint Jérôme? C'est là une mauvaise pensée à laquelle nous rougissons presque de nous être arrêté : si cependant elle reposait sur quelque fondement, nous ne pourrions que penser à notre Dalmate en répétant avec Ozanam' : « Quand l'Eglise rangeait au nombre de ses saints « Clotilde, le roi Sigismond, le roi Contran, elle savait « mieux que nous ce qu'ils avaient étouffé d'instincts <( pervers pour devenir tels qu'elle les voyait. »

' OzANAM, OEuvres complètes, t. IV, p. 66.

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