‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 208 sur 236 · CHAPITRE Vin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vin

Les erreurs de Pelage reposent sur l'orgueil, sur une confiance sans bornes dans les forces de la nature. Plusieurs Romaines s'y laissèrent gagner, et Mélanie ellemême s'intéressait à la cause du moine ; il essaya d'attirer encore dans son parti une illustre vierge, nommée Démétriade, fille d'un consulaire, et la plus riche héritière de Rome. Elle s'était réfugiée en Afrique, et Pelage lui écrivit une lettre où il déguisait habilement son hérésie sous une apparence de science et de vertu. Ainsi faisaient ses ancêtres de Bretagne : ils attachaient des flambleaui^ aux cornes des bœufs pour les lâcher ensuite sur les falaises; trompés par ces feux errants, les navigateurs se brisaient sur les rochers de la côte où les habitants venaient, avec une joie sinistre, recueillir les épaves après le naufrage. Mais saint Jérôme avertit la jeune fille du danger', il l'exhorta à marcher courageusement dans la voie qu'elle suivait, à se garder de ces doctrines impies et détestables d'abord répandues en Egypte, et que l'on essayait de glisser maintenant dans les autres provinces. Cette lettre est remarquable, elle renferme des conseils et des préceptes pour Démétriade, et forme le digne pendant du code de la virginité, que saint Jérôme avait autrefois composé pour Eustochium dans sa lettre XVIII.

Tel était l'hérétique qui venait s'offrir aux coups du vieil athlète ; comme ses erreurs commençaient à se propager, un certain Ctésiphon les dénonça à Jérôme, lui demandant ce qu'il fallait en penser. Notre saint répondit par une lettre qui est un véritable traité ^ : il y lait le nom de Pelage par une délicatesse qui prouve la générosité de ses sentiments et nous le montre ici, comme dans ses

« Ep. XCVIl, ad Demetriadem, t. IV, p. 784. * Ep. XLllI, ad Ctesiphonteni, id., p. 474

démêlés avec Rufin, d'abord tout disposé à la modération et à la douceur. Il n'en combat pas avec moins d'énergie le système de l'apathie et de l'impeccabilité que Pelage voulait établir pour y retrancher l'âme comme dans une forteresse, où elle se trouvait elle-même à l'abri de toutes les passions , et capable par ses seules forces de se défendre contre tout péché. C'était, suivant Jérôme, renouveler le système de Pythagore et l'erreur des anciens qui égalaient l'homme à Dieu : d'où il conclut à la nécessité de la grâce sans porter atteinte au libre arbitre qui, suivant les hérétiques, devait disparaître sous l'action du secours divin.

Au milieu de ces nouveaux ennuis, la Providence ménageait une douce consolation au vieux solitaire. Un brillant témoignage vint confirmer l'orthodoxie de ses enseignements, et lui faire oublier les odieuses calomnies que l'envie voulait accréditer contre sa doctrine. La question de l'origine des âmes était un grave problème dont la solution préoccupait depuis longtemps le monde : l'Occident croyait à la création simultanée des âmes et des corps, quand l'origénisme vint encore troubler les esprits et proposer une nouvelle explication de ce mystère. Paul Orose quitta l'Espagne S et vint en Afrique interroger saint Augustin sur ces différentes opinions. L'évêque d'Hippone ne voulut pas se prononcer seul ; avec une modestie égale à son génie, il envoya Orose en Palestine consulter Jérôme, et lui remit deux lettres pour notre saint. Dans l'une, il engageait l'erriiite de Bethléem à développer le sommaire qu'il venait d'adresser à Marcellin el à Anapsychia, pour leur exposer les explications diverses apportées à l'origine des âmes ^ ; dans l'autre, il

* Le Nain de Tillemont, S. Jérôme, art. CXXXIV.

• Ep. LXXVIll ad MarceL et Anaps., t. IV, p. 642.

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