‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 209 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

demandait quel sens il fallait attacher au verset de saint Jacques : u Qui offenderit in uno factus est omnium reus *. »

Orose arriva en Palestine, au moment où le pélagianisme commençait à leveiia tête : c'était un auxiliaire que Dieu envoyait à Jérôme. Comme l'hérésie semblait en voie de progrès, notre docteur se décida de suite à l'attaquer de front. Sa lettre à Ctésiphon n'avait été qu'une légère escarmouche; cette fois, il organisa une campagne véritable contre l'erreur, et il composa un dialogue où Atticus défend l'orthodoxie contre Critobule, champion du pélagianisme \ Notre saint détruit tout d'abord le système de l'impeccabilité établissant que l'homme peut demeurer sans pécher, et observer facilement, s'il le veut, les commandements de Dieu. Celte perfection ne saurait être qu'un effet de la grâce que Dieu nous accorde pour chacune de nos bonnes actions, sans toutefois violenter en rien notre libre arbitre ^ Saint Augustin viendra plus tard éclairer cette mystérieuse opération aux lumières de son génie; avant lui, saint Jérôme eut souvent occasiion de défendre la liberté humaine, car Pelage et la longue chaîne des hérétiques dont il est le père ont enseigné qu'elle était incompatible avec la grâce. Contre Jovinien, contre Origène, le solitaire avait déjà présenté le libre arbitre comme le principe de nos mérites, déclarant que l'homme n'était nécessairement entraîné ni au vice, ni à lii vertu : Alioquin uhi nécessitas, nec corona est\ Jérôme prouve longuement que sans cette grâce pcr-

* Cette lettre manque à l'édition Bénédictine j elle se trouve dans Migne, t. I, des OEuvres de S. Jérôme, p. 1138.

* Dialogus adv. Pelagianos, t. IV, p. 485. 8 Idem, lib. 1, p. 499.

* Adv. Jovinianum, lib. H, id., p. 195.

sonne ne peut demeurer sans péché, qu'il y a des fautes d'ignorance, d'erreur, d'oubli, dans lesquelles nous tombons à tout moment'; aussi voyons-nous beaucoup de justes, mais personne impeccable^, car cette perfection est le propre de Dieu', et nous lui demandons chaque jour de nous la faire partager en ne nous laissant pas succomber à la tentation \

La marche du dialogue est bien conduite; on n'y trouve pas la recherche que nous avons reprochée ailleurs à saint Jérôme; s'il y a quelque embarras dans la composition , la faute en revient au sujet, à la grande difficulté d'accorder ensemble la grâce de Dieu et la liberté de l'homme. Toujours soutenu par la même érudition, notre solitaire présente des rapprochements trèscurieux entre les erreurs de Pelage et les leçons des anciens philosophes, Pythagore et Zenon surtout; mais le point le plus important de la lutte porte sur la discussion de tous les textes de l'ancien et du Nouveau Testament qui touchent de près ou de loin à ces graves questions de la grâce, du libre arbitre, du péché, de la prescience de Dieu, de la nature du bien, de l'origine du mal. Jérôme avait compris le danger de cette nouvelle hérésie, la suite des temps a confirmé ses pressentiments, car il y a peu de novateurs dans l'Église qui n'aient quelque point de commun avec les Pélagiens.

Jean de Jérusalem se laissa gagner par le nouveau sectaire, comme jadis il l'avait été par Rufin et les origénistes. Un synode s'assembla dans la ville sainte % et

' Adv. Pelag., Tib. I, id.,p. 504.

* Idem, lib. II, p. 512.

' Idem, p. 51 5.

* Idem, lib, III, p. 543.

'■ Le Nain de Tillemont, S. Jérôme, art. CXXXIV.

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