CHAPITRE VIII
l'on vit y accourir les membres du clergé qui , en Palestine, s'étaient élevés déjà contre le pélagianisme. Orose exposa devant l'assemblée la foi de l'Église d'Afrique sur ces matières ; Pelage parla à son tour, et grâce à la faveur du juge, il ne fut pas condamné. Le discours d'Orose prononcé en latin avait été traduit en grec par un interprèle du parti de l'hérétique, qui réussit ainsi à faire suspecter l'orthodoxie du prêtre espagnol ; mais celui-ci composa sur-le-champ une apologie, c'est-àdire une profession de foi qu'il plaçait sous le patronage de saint Jérôme, ennemi comme lui, des doctrines pélagiennes*.
Les commentaires que notre Dalmate écrivit à cette époque nous offrent plus d'un trait à l'adresse de Pelage : ici, nous voyons dans cet hérétique l'héritier des erreurs de Pythagore, de Zenon, d'Origène, d'Evagre du Pont, de Jovinien^; là, Jérôme tourne en ridicule celte apathie et cette impeccabilité inventées parle sectaire'; ailleurs il s'élève contre cet orgueil détestable qui ose affirmer qu'il n'y a rien d'impossible à l'homme ".
Tout n'était pas fini entre Jérôme et Pelage. L'hérésiarque acquitté au synode de Jérusalem se relira à Diospolis : il dut là comparaître de nouveau devant un concile de quatorze évoques de différentes villes de la Palestine. On lui présenta un sommaire de ses erreurs. Au dire du pape Innocent, il en effaça quelques-unes, enveloppa les autres dans l'obscurité; il repoussa cellesci par de faux arguments, nia celles-là, et donna au reste une fausse interprétation. De plus ce sommaire
' ViLLARSii ET Mafftei, VUa Hier., cap. xxxvi.
• Comment, in Jeremiam, prologus ad lib. IV, t. 111, p. 614. ' Idem, prologus ad lib. 111, p. 58G,
* Idem, lib. VI, cap. xxxi, p. G87.
était en latin, les évêques grecs ne purent en prendre une connaissance exacte, et les deux évêques Erotès et Lazare, qui devaient servir d'interprètes, se trouvaient absents pour cause de maladie*. Tout cela trompa de nouveau les juges, et Pelage fut encore renvoyé absous, quoique ses erreurs eussent été frappées d'une condamnation manifeste.
L'orgueil de l'hérétique ne connut plus de bornes, et il songea tout d'abord à se venger de ceux qui avaient osé lui résister en face. Jérôme fut le premier exposé à ses ressentiments^ : « Alors, dit saint Augustin, une « troupe de scélérats appartenant à Pelage, se livrèrent « à des attentats inouïs : ils envahirent le monastère de « Bethléem , tuèrent un diacre, incendièrent les bâli- « menls, et saint Jérôme échappa, comme par miracle, « à leur rage, en se réfugiant dans une tour fortifiée. » Le patriarche avait connaissance de ces iniquités, mais comme il favorisait l'erreur et nourrissait de vieilles rancunes contre le saint ermite, il ferma les yeux et laissa faire. Jérôme et la jeune Paula adressèrent leurs plaintes au pape Innocent, sans cependant nommer les coupables* : le pape répondit au vieux solitaire pour le consoler, et il écrivit en même temps à Jean de Jérusalem une lettre des plus sévères, parce qu'il n'avait pas réprimé l'audace des Pélagiens *.
L'auteur de ces troubles et de ces violences eut enfin le sort qu'il méritait^ : « Catilina, dit Jérôme, a été « chassé de Jérusalem et de la Palestine. » L'erreur démasquée et condamnée ne trouva pas de partisans
* Le Nain de Tillemont, art. CXXXVIL
* s. AuGUSTiNus, De Gestis Pelagii, ad finem.
* Vallarsii ET MafFjEi, Vita Hieron., cap. xxvi.
* Ces deux lettres sont dans Migne, Opéra Hier., t. I, p. 1163. » Ep. eu, adRiparium, t. IV, p. 804.