CHAPITRE VIII
déclarés* : « Ici l'on est maintenant tranquille, écrivait « encore le saint docteur, et notre demeure, presque « ruinée par les hérétiques, abonde, grâce à Dieu, en « richesses spirituelles. » Tout heureux de celle victoire, il l'annonçait à saint Augustin, et le félicitait de ses généreux efforts contre le pélagianisme^ : u Les « hérétiques, dit-il, vous poursuivent de leur haine, « c'est là un de vos plus beaux titres de gloire. Ils me « détestent également, et s'ils ne peuvent nous mellre i( a mort, ce n'est pas le désir, mais le pouvoir qui leur « manque. »
Etiades de saint Jérôme sur les saintes Ecritures. — Sa corresponclance. — Ses Oraisons funèbres.
La direction des monastères de Bethléem, l'éducation des enfants, une correspondance active, l'histoire, la géographie, la polémique n'étaient que des distractions pour Jérôme : son esprit ne s'y arrêtait qu'en passant ; l'Écriture sainte était le but unique de ses pensées, l'objet constant de ses méditations, l'inépuisable sujet Âe ses études. S'il en détourne les yeux, s'il se livre à d'autres soins, il ne le perd jamais entièrement de vue; telle est l'aiguille aimantée : une force extérieure peut un instant la déloui*ner du point vers lequel elle tend sans cesse, laissée à elle-même , elle reprend sa place
' Ep. cm, ad Apronium, id., p. 804.
* Ep. LXXX, ad Augustin., id., p. 64 j.
et la garde conslamment sous peine de n'être plus qu'un objet inutile. Saint Jérôme avait compris que sa mission consistait à veiller au dépôt des saints livres, qu'il ne serait quelque chose dans l'Église qu'à la condition de se dévouer entièrement à cette œuvre, et qu'il perdrait tout droit aux respects de la postérité, s'il ne lui léguait intact et sans mélange le trésor des révélations divines. Voilà pourquoi il en est tout occupé : ses lettres sont des commentaires des saintes Écritures, ses ouvrages de polémique nous étonnent par la multiplicité des souvenirs empruntés aux livres sacrés, et s'il s'occupe d'histoire ou de géographie, c'est afin d'arriver à une connaissance plus exacte des pays où se sont accomplis les événements de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Pour remplir dignement sa tâche, à Bethléem, il se remit avec une énergie nouvelle à l'étude de la langue hébraïque : jamais, du reste, il n'avait cessé de s'y exercer, de peur d'en perdre l'habitude'. Il prit pour maître un juif habile, nommé Baranina, qui venait la nuit lui donner ses leçons \ pour ne pas attirer l'attention de ses coreligionnaires, car ils n'auraient point pardonné à un rabbin de livrer aux chrétiens le secret de leur langue, de leurs coutumes et de leurs institutions. Rufin reprochait plus tard à notre saint ses relations avec ce juif qu'il appelait plaisamment Barrabas : mal lui en prit*: « Je ne m'étonne point, lui répliquait Jérôme, « que là où il y a quelque ressemblance de mots, tu « aies écrit Barrabas pour Baranina, puisque tu te per- « mets de changer si bien les noms, que d'Eusèbe tu as « fait Pamphile, et d'un hérétique un martyr. Tu es un
' Ep. LXXXVI, ad Eustoch., t. IV, p. 686.
* Ep. XLl, ad Pamm. et Océan., id., p. 342.
* Apologia adv. Rufmum, lib. 1, id., p. 363.