‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 213 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

« sur ce que j'ignorais, et je ne me suis pas contenté, « comme beaucoup d'auteurs, d'être à moi-même mon i( seul maître. Naguère, j'ai entrepris le voyage d'A- « lexandrie pour voir Didyme et lui soumettre toutes « les difficultés que j'ai rencontrées dans la sainte Écri- « lure. Mais autre chose est d'écrire un livre sur l'ava- « rice, la foi, la virginité, la viduité, de joindre aux « textes sacrés qui ont trait au sujet un langage tout « profane, et de développer des lieux communs dans « un style emphatique, autre chose de pénétrer le sens « des pages d'un prophète, d'un apôtre, de savoir pour- « quoi ils ont écrit, comment ils ont établi leurs doc- « trines : de connaître ce qui distingue dans l'ancienne « loi les Moabites, les Ammonites, les Tyriens, les Phi- « listins, les Égyptiens, les Assyriens, et dans le Nou- « veau Testament, les Romains, les Corinthiens, les « Galates, les habitants de Philippes, de Colosses, de « Thessalonique, les Hébreux et les Éphésiens qui nous « occupent en ce moment. Les lettres du grand apôtre « ont été composées dans des lieux et des temps divers, « pour des peuples différents, elles n'ont donc pas une « même cause, un même objet ; comme saint Jean dans u son Apocalypse, s'adressant aux sept Églises, re- « proche à chacune d'elles des vices particuliers, ou « loue des vertus spéciales, de même saint Paul veut « apporter remède aux maladies propres à chacun de « ces peuples, et il ne veut pas, comme un médecin « maladroit, guérir tous les yeux au moyen d'un seul « collyre. »

A quelques mois d'intervalle, Jérôme donna encore son commentaire sur l'épître de saint Paul à Tite : tous ces écrits furent composés dans le courant de l'année 387.

Après avoir fini ces études sur les Epîtres de saint Paul, noire saint reprit l'explication de l'Ecclésiaste que Blésilla lui avait demandée à Rome^; cinq ans après la mort de la sainte femme, ce travail qui lui était destiné, fut achevé pour Paula et Eustochium. Gomme chaque jour Jérôme avait coutume d'édifier ses deux pieuses amies par des entretiens sur l'Écriture sainte, ou de leur remettre quelque ouvrage d'exégèse, il traduisit pour elles trente-neuf homélies d'Origène sur l'Evangile de saint Luc; dans le même temps il terminait, pour son frère Paulinien, la traduction du traité de Didyme sur le Saint-Esprit.

A travers ces commentaires, notre saint mettait la dernière main à la révision de la vieille Vulgate sur la version des Septante, mais cette œuvre fut presque entièrement détruite, du vivant même de l'auteur, par une main inconnue % il n'en resta que le psautier qu'il avait déjà donné à Rome, le livre de Job dont il fit hommage à Paula et à Eustochium, à la place des éventails, paniers, ou corbeilles, présents ordinaires des moines*, et enfin quelques prologues aux livres des Paralipomènes et de Salomon. Il fallait réparer celte perle : d'un autre côté, dans ses voyages en divers pays de l'empire, Jérôme avait vu les Églises se servir de versions des saints livres presque toutes différentes les unes des autres; afin d'enlever la difficulté de choisir laquelle pouvait être la meilleure, il se décida à faire une version latine sur le texte hébreu. On comprend sa patience et son dévoûment en le voyant se charger d'une œuvre pareille : il la mena à bonne fin avec l'énergique opinia-

' Comment, in Eccles., Prologus, t. II, p. 714.

* Ep. LXXIX, ad Augustinum, t. IV, pars II, p. C44.

* Prologus in lib. Job., t. 1, p. 1187.

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