‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 214 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

treté qu'il apportait à toutes ses entreprises. Il ne traduisit point les saints livres dans l'ordre du canon, il prit tantôt l'un, tantôt l'autre, suivant en cela sa propre fantaisie, ou le goût de ses amis. 11 commença par les livres des Rois, qu'il fit précéder d'un prologue, galeatum princîpiwm, comme m'appelle, parce qu'il devait être, pour ainsi dire, la tête de l'ouvrage et convenir à la version entière ^ « Lecteur, je vous en prie, ne regardez pas ce « travail comme .une critique de tout ce qui a précédé. « Pour construire le tabernacle du Seigneur, chacun « offre ce qu'il peut. » Jérôme envoya ces deux livres comme échantillons à Pammachius;il les accompagnait d'une lettre pour avoir le sentiment de son ami, lui promettant, s'il est favorable% de lui ouvrir de nouveau ses cartons où il tient enfermés les seize prophètes traduits de l'hébreu. Il reprit ensuite le Jivre de Job, désirant en donner celte fois une traduction aussi parfaite que possible ; c'est pourquoi il compara les textes hébreu, arabe et syriaque, et afin d'être bien siir de les comprendre, il eut recours aux lumières du juif Lydda\ « Demandez ce « travail à votre cousine Marcella, écrit-il à Pammachius, « lisez ensuite le même livre en grec et en latin, ajou- « tez-y encore, si vous le voulez, ma première traduction « sur les Septante, et vous verrez la différence qu'il y a « entre la vérité et le mensonge. » Le livre de Tobie demanda plus de peine à notre saint docteur, parce qu'il était écrit en chaldaïque , et Jérôme ne connaissait pas encore cette langue. «Le chaldaïque, dit-il '', tient de « près à l'hébreu: je fis venir un rhéteur très-habile

* Prœfat. de omnibus libris Tet. Test., t. I, p, 322.

* Ep. XXXI, ad Pammach., t. IV, p. II, p. 244. 3 Prœfat. in Job., t. I, p. 795.

* Prœfat. in Tohiam, td., p. 1158.

<( dans ces deux langues, il me donnait le sens du chal- « daïque en hébreu, et j'en dictais à mesure la traduc- « lion latine à mon copiste : cet exercice nous prit un « jour entier. »

Notre Dalmate n'était pas homme à se laisser arrêter par de semblables obstacles, ou à demeurer exposé à de pareils embarras : il savait que le livre de Judith et les prophéties de Daniel étaient encore écrits en chaldaïque ; pour les comprendre lui-même sans être obligé de recourir à un interprète, il se mit résolument en mesure d'apprendre cette nouvelle langue. « Je me suis derniè- « rement heurté, dit-il, contre le livre de Daniel*; ce « prophète m'a causé tant d'ennuis et jeté dans un tel « désespoir, que j'étais tenté de regarder comme inu- « tile tout ce que j'avais fait jusque-là. Un juif m'encou- « rageait et me répétait dans sa langue :

Labor omnia vincit Improbus.

ft Je n'hésitai pas ; et moi qui passais pour maître en « hébreu, je me fis écolier pour apprendre le chaldaïque. « A vrai dire, jusqu'à ce jour je le lis et le comprends « bien mieux que je ne le parle. »

Ce surcroît de travail ne l'empêcha pas de traduire, en 394, Esdras et Néhémie, dont il offrit la dédicace à Domnion et à Rogatien ^ ; « Contentez-vous de les lire en « particulier, leur écrit-il, ne les livrez pas au public. « Ne forcez pas à manger ceux qui n'ont pas faim, évitez « le regard dédaigneux de ceux qui ne savent que criti- « quer les autres sans rien faire eux-mêmes. » En 395, il adressait à Chromatius la traduction des Paralipomènes ;

♦ Prœfat. in Daniel, id., p. 990.

* Prcefat. in Efram, id., p. 1106.

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