CHAPITRE VllI
parfait; nous avons trouvé dans sa lettre à Ruslicus le portrait du moine parfait, et Léa, Marcella, Blésilla, Paula n'étaient-elles pas autant de veuves parfaites? îl rassembla les principaux traits qui distinguaient la vertu de ces saintes femmes pour composer un autre modèle et l'envoyer à Furia, qui lui demandait comment elle pourrait conserver intacte la couronne de sa viduité*.
Ces lettres sont à peu près étrangères à la sainte Ecriture, mais le plus souvent, Jérôme porte dans sa correspondance son goût de l'exégèse, et alors c'est pour lui une nouvelle occasion de se livrer à des études qui furent toujours la plus douce occupation de sa vie. Ainsi il écrivait à saint Paulin pour recommander particulièrement l'Ecriture sainte à ses lectures et à ses méditations % puis il terminait par un aperçu général sur chacun des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. Ailleurs, il revient sur les mêmes instructions % en s'étendant sur le caractère et les douceurs de la vie monastique que saint Paulin avait formé le projet d'embrasser. Ici *, il répond à un prêtre de Bordeaux, nommé Amandus : il lui explique certains passages de saint Matthieu et de saint Paul, et lui prouve que le divorce, quelle que soit la cause qui l'ait amené, ne peut autoriser l'un des époux, du vivant de l'autre, à contracter un nouveau mariage. Là% nous le retrouvons avec Marcella commentant quelques versets de saint Paul et de saint Jean, puis développant le sens d'une phrase de son second livre contre Jovinien, que la sainte femme disait n'avoir pas clairement comprise.
' Ep. XLVII, ad Furiam, id., p. 554.
- Ep. L, ad Paulinum, id., p. 568.
^ Ep. XLIX, ad Paulinum, id., p. 563.
* Hieronymus ad Amandum, t. IV, pars I, p. 160.
" Hieronymus ad Marcellam, id., p. 165.
Enfin sa lettre à la vierge Principia, compagne de Marcella, est un commentaire Irès-étendu du psaume xliv\
Tout à coup il apprit la mort de Népotien enlevé à la fleur de l'âge par une fièvre maligne ; c'était une âme d'élite, de la famille des Louis de Gonzague et des Stanislas Koslka, un modèle de vertu, de piété, d'innocence. Il s'efforça, tant qu'il vécut, de mettre en pratique les conseils de Jérôme, le vieux chêne avait couvert de son ombre le jeune et frêle arbrisseau. A ses derniers instants, Népotien se souvint de son ami, sa pensée mourante se tourna vers Bethléem, et sa main dans la main de son oncle Héliodore, il demanda que sa robe d'acolyte fût envoyée à saint Jérôme. Pour calmer sa douleur, le solitaire se mit à chanter les louanges de celui qu'il pleurait^ : « Mon esprit est frappé de stupeur, s'écrie-t-il, ma « main tremble, mes yeux s'obscurcissent, ma langue « balbutie. Pourquoi parler? Dès qu'il ne m'entend plus, « c'est comme si j'étais muet. Ma plume semble partager « ma douleur et mon papier prend une teinte funèbre. « Si je fais un effort pour écrire et répandre quelques « fleurs sur sa tombe, mes yeux se remplissent de larmes, « mes regrets se réveillent, totus in funere sum. » Virgile ne racontait pas d'une voix plus émue les qualités de Pallante, dont le dieu des combats n'avait pas épargné la jeunesse S Pline ne traçait pas un portrait plus gracieux de cette enfant qu'une mort prématurée venait d'enlever à son père''.
Peu après on annonçait à Bethléem que Pauline avait cessé de vivre, Pauline, l'épouse de Pammachius, la fille
* Hieronymus ad Principiam, t. II, p. 681.
* Ep. XXXV, ad Heliodorum, t. IV, pars 11, p. 266. 3 Enéide, chant XI, v. 30 et suiv.
* Pline, Lettres, liv. V, 16, ad Marcellinum.