CHAPITRE VIII
lieu des bonnes œuvres qui remplissaient sa vie depuis sa conversion. Jérôme composa pour son ami Océanus le panégyrique de la noble Romaine, la gloire des chrétiens, la merveille des païens, la mère des pauvres, la Providence des moines. Il retrace, avec l'éloquence passionnée qui distingue sa parole, les principales circonstances où l'on vit éclater surtout l'héroïsme de Fabiola, sa pénitence publique, la fondation de son hôpital, les soins empressés que la petite-fille du grand Fabius rendait aux malades*. « A sa mort, dit notre saint, Rome « témoigna combien on l'admirait pendant sa vie. A « peine avait-elle rendu le dernier soupir, à peine son « âme s'étail-elle envolée au ciel, que la renommée,
Et jam fama volans, lanti prsenuntia luclus *,
« réunit tout le peuple pour ses funérailles. Les psaumes « retentissaient, la voûte dorée des basiliques répétait « l'antique Alléluia :
Hic juvenum chorus, ille senum, qui carminé laudes Fœmineas, et facta ferunt *
« Quand Furius triompha des Gaulois, poursuit Jé- (vrôme, Papirius des Samnites, Scipion de Numance, « Pompée de l'Asie, on ne vit pas autant d'enthousiasme.» Puis, à travers les espaces, de Bethléem à Rome, il jette en terminant sur la tombe qui venait de se fermer, cet adieu grave et triste comme celui de Bossuet sur le cercueil du grand Condé ; « C'est là, ô Fabiola, le dernier « hommage de mon esprit vieillissant, c'est là l'expres- « sion de mes derniers devoirs, » et il me semble entendre retentir à travers les âges comme un magnifique
' Ep. LXXXIV, ad Oceanum, id., p. 662. * Virgile, Enéide, chant XI, v. 139.
^ Idem, chant VIII, V. 287.
écho de ces paroles, dans « les restes d'une voix qui « tombe et d'une ardeur qui s'éteint '. »
Jérôme préparait pour Fabiola une étude sur les quarante stations du peuplejuif dansle désert. La sainte femme avait elle-même demandé ce travail au solitaire, un jour qu'à Bethléem, elle lisait avec lui le livre des Nombres. Elle mourut avant que l'œuvre fût achevée ; il s'empressa d'y mettre la dernière main% pour élever ce monument à la mémoire de celle qu'il avait placée, dans ses affections, à côté de Marcella, de Paula et d'Eu stochium.
On apprit encore dans le même temps la mort de Nébridius, fils de Nébridius, préfet du prétoire et ami intime de notre saint, qui avait reporté sur le fils une partie de son affection pour le père. Ce jeune homme épousa Salvina, fille de Gildon',mais il mourut à la fleur de l'âge, et Jérôme écrivit à sa veuve ^, pour apporter quelque soulagement à sa douleur, poor l'exhorter à vivre saintement, et lui conseiller de consacrer tous ses soins à l'éducation de ses enfants.
Ces tristes devoirs accomplis, le solitaire revenait à ses études ordinaires. Deux Gétes, remarquables par leur savoir autant que par leur naissance, Sunnia et Fretella, avaient soumis à ses explications un certain nombre de passages qui les embarrassaient dans les Psaumes. Notre saint docteur y répondit par une longue lettre % et il les engage, dans leurs travaux sur les saintes Écritures, à choisir de préférence, entre les différentes
' Oraison funèbre du prince de Condé, à la fin.
* Hieron. ad Fahiolam, de XL Mans., t. Il, p. 586.
* Ce Gildon était frère de Firmus, roi de Mauritanie, sous le haut patronage de Rome. Voir^înm. Marc, liv. XXIX, 6.
* Ep. LXXXV, ad Salvinam, f. IV, pars II, p. 663. " Hieron. ad Sunniam et Fretellam, t. II, p. 026.