CHAPITRE VIII
traductions, celle qui se rapproche le plus du texte hébreu. C'était là sa méthode, mais tout en la recommandant aux autres, il ne craignait pas de l'abandonner lorsqu'elle semblait s'écarter de la vérité, et il revenait alors à la version des Septante *.
Pammachius fit à son tour entendre un nouvel appel à la science de son ami : nous savons que Jérôme lui avait promis d'interpréter les prophètes, mais depuis un assez long temps, il ne semblait guère y songer : c'est pourquoi Pammachius vint réveiller son ardeur, et l'ermite de Bethléem se mit à commenter Jonas et Abdias. Dans sa jeunesse, à Chalcis, il avait déjà commis sur ce dernier prophète une étude dont il rougissait. « J'espé- « rais, dit-il % cacher dans mes cartons ce que je venais « d'écrire, et je destinais aux flammes le fruit de ma « première audace. Tout à coup , un jeune homme « m'apporte d'Italie une copie de ce travail, et il le « louait. Je l'avoue, je demeurai surpris de ce qu'un « mauvais écrivain trouvait toujours des lecteurs qui (' lui ressemblaient. Il vantait l'ouvrage, moi, je ronce gissais; il en élevait au ciel les aperçus mystiques, « moi, la tête baissée, je ne pouvais même confesser ma « honte. ))
L'année 404 s'ouvrit d'une façon bien douloureuse pour le cœur de notre saint, la mort lui enleva Paula. Ainsi les liens qui l'attachaient à la terre se relâchaient de plus en plus, tout prenait autour de lui un aspect triste et sombre, il semblait qu'il ne lui restait plus qu'à pleurer sous des cyprès, ombre plaintive errante parmi les tombeaux de ses amis. Depuis son départ de Rome, Paula n'avait pas quitté l'ermite de Bethléem : il fut
« Comment, in Zachar., lib. III, t. III, p. 1803. * Comment, in Abdiam, prologus, t. III, p. 1454,
ainsi témoin de toutes les vertus pratiquées par celte femme héroïque, et il vit la maladie briser insensiblement les chaînes qui retenaient ici-bas cette âme céleste. Cependant elle ne diminuait en rien ses austérités, et refusa même de prendre un peu de vin pour ranimer ses forces épuisées, malgré l'avis du médecin, de Jérôme et de saint Épiphane, accouru de Salamine, pour contempler encore une fois sur la terre celle qu'il ne devait plus revoir qu'au ciel \ Dormivit sancta et beata Paula ! dit notre saint à la fin de l'oraison funèbre qu'il composa pour rappeler à la postérité les sacrifices et les vertus, la charité, la sagesse et les mortifications de cette illustre Romaine qu'il avait environnée de la plus pure et de la plus sainte amitié. Ce fut là sa consolation, car ses regrets étaient amers, sa douleur profonde ; une grande âme ne saurait avoir de petites tristesses, et Lacordaire dut pleurer ainsi madame Swetchine.
Eustochium pria le vieil ermite de reprendre sa traduction des saints livres, il acheva le Pentateuque pour Désidérius, et il offrit à la fille de sainte Paula Josué, les Juges et Ruth. 11 terminait à la même époque ses Études sur les petits prophètes; mais les temps devenaient de plus en plus mauvais, les Isauriens envahirent la Palestine et la ravagèrent, l'hiver fut excessif, et la famine vint encore joindre ses horreurs à tous ces désastres ^ Pendant l'année 408, la santé de Jérôme reçut encore une rude atteinte, car, à la fin de la préface du IIP livre d'Amos, il parle d'une maladie qui le conduisit alors aux portes du tombeau. Nous le voyons ainsi se débattre douloureusement contre l'opiniâtre compagnon qui s'attache à ses
' Ep. LXXXVI, ad Eustoch., t. IV, pars II, p. 683. ' Ep. LXXXVIll ad Theophilum, id., p. 727.