CHAPITRE VIII
pas et ne lui laisse que de courtes trêves *. « Cette année, « dit-il, inscrite dans les fastes sous le nom d'Arcadius « Auguste, consul pour la sixième fois avec Anicius « Probus, j'ai commenté Zacharie pour l'évêque de Tou- « louse Exupère, Malachie pour Minervius et Alexandre, « prêtres de la même ville. Je n'ai pu vous refuser Osée, « Joël et Amos. Après avoir été gravement malade, j'ai « montré combien j'étais imprudent par l'empressement « avec lequel je me suis remis à dicter. »
A peine avait-il fini de commenter les Petits prophètes, qu'il entreprit d'expliquer Daniel, mais en changeant de manière^ : « Nous rapporterons, observe-t-il, les paroles « de ce prophète sans les discuter, sans les développer « toutes, comme nous avons fait pour les autres. Nous « nous bornerons à éclaircir, en peu de mots, les pas- « sages obscurs. » Quelques lignes de ce commentaire faillirent lui devenir funestes. Il parlait de la grande statue que Nabuchodonosor vit en songe, et montrait que le quatrième royaume n'était autre que l'empire romain, à propos des pieds de la statue mi-partie de fer, mi-partie d'argile, il disait* : « Au commencement rien « n'était plus fort, rien n'était plus robuste que l'empire « romain : à la fin, rien n'est plus faible, puisque pour « calmer nos guerres intestines, pour repousser les bar- « bares, nous sommes contraints de recourir à d'autres « barbares. >> Il n'y avait là de la part de notre saint, aucune intention particulière, aucune attaque personnelle : Jérôme signalait la plaie du temps. Ses ennemis y découvrirent une allusion injurieuse, un outrage à Slilicon, qui, de barbare, s'était élevé au commandement général
' Comment, in Amos, piologus, t. Ul, p. 1423. - Comment, in Daniel, prologus, id., p. 1074. ^ Comment, in Daniel, cap. Ul, id., p. 1081.
i62 LES VOYAGES DE SAINT JÉRÔME.
des armées romaines, et ils n'eurent pas de peine à faire accepter leurs insinuations perfides. Mais avant que Ton eût donné suite à cette affaire, Stilicon disparut de la scène du monde, au mois d'août 408.
Pendant que les nuages s'amoncelaient ainsi contre Jérôme, et que ses amis réunissaient leurs efforts pour conjurer la tempête, il se reposait de Daniel en commentant Isaïe. Il apprit en même temps et le danger qu'il venait de courir, et la manière providentielle dont il en était sorti : sans se troubler, sans s'émouvoir, il écrivit' : « On ne doit pas faire la cour aux princes de façon à por- « ter atteinte à la vérité des saintes Écritures; une obser- « vation générale ne peut être un outrage pour personne. (( Pendant que mes amis avaient la bonté de me défendre, ({ celui qui se croyait offensé a disparu par le jugement « de Dieu. »
Il ne faut pas nous étonner d'entendre Jérôme s'excuser dans une lettre à Minervius et à Alexandre % de ne pas répondre à toutes leurs questions, et de se contenter, pour le moment, de leur expliquer le texte de saint Paul sur la résurrection : « Omnes quidem dormiemus. » On avait recours à lui de toutes parts : il écrivit à Julianus pour le consoler de la mort de sa femme et de ses deux filles, l'engageant à imiter Pammachius et Paulin, et à chercher dans la solitude un genre de vie plus parfait \ Parmi les épreuves qui ont assailli Julianus, Jérôme cite la dévastation de toute la province par les barbares : il fait sans doute allusion à l'invasion de Radagaise en Italie, à la tête d'une immense armée qui fut taillée en pièces par Stilicon. Du fond des Gaules, deux femmes
' Comment, in Isaïam, Mb. XI, prologus, id., p. 283. ' Ilieronymus ad Minerv. et Alex., t. IV, pars I, p. 210. ' Ep. XCII, ad Julianum, id., pars II, p. 750.