‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 226 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

corrigé l'ancienne Italique siirle texte grec des Septante, il venait de terminer sur l'hébreu une nouvelle version latine que l'on a fait entrer en grande partie dans notre Vulgate. Tout en conservant la lettre, le solitaire essaya de pénétrer l'esprit des saintes Écritures, et comme le serviteur fidèle, il ne se contenta pas de veiller oisif et indifférent sur les trésors de son Maître. Il avait commenté saint Paul, l'Ecclésiaste, Job, saint Matthieu et les prophètes , Jérémie seul manquait au nombre : n'était-il pas juste que Jérôme désirât l'expliquer encore pour ne pas emporter le regret de laisser à la postérité son œuvre imparfaite. Michel-Ange dut éprouver une terrible angoisse quand il se sentit mourir sans avoir vu se perdre dans la nue le dôme et la coupole de saint Pierre. Quelles études notre saint docteur n'avait-il pas embrassées, devant quelles fatigues avait-il reculé pour se rendre digne d'interpréter les livres saints? Méditation du texte, lecture des commentaires déjà publiés, science des langues, connaissance des monuments sacrés et profanes, études historiques et géographiques, il n'a rien négligé afin de déchirer autant que possible le voile qui nous dérobe les mystérieuses profondeurs de la pensée divine.

Grâce à son inépuisable érudition, Jérôme a su donner à ses commentaires des caractères particuliers qui les distinguent : « Nous ne nous exerçons pas, dit-il, à de « brillantes amplifications, où le style puisse étaler ses « grâces et se faire applaudir, notre devoir de commen- « taleur est de passer ce qui est clair, d'éclaircir ce qui (( est obscure » Et ailleurs, il ajoute à ce même su-

* Comment, in Zachar., lib. II, t. III, p. 1743. « Non longos florcntesque tractalus in quibus plausibilis ludit oralio , sed commentarios scribimus, quorum officium est prœterirc manifesta, obscura disserere. »

jet* : « Voici la règle à suivre : quand une prophétie « s'applique évidemment à l'avenir, il ne faut point l'af- « faiblir et la déguiser sous les voiles de l'allégorie. »

Le premier soin de notre docteur commentant les saints livres, est de rapprocher les textes, et d'en faire jaillir une lumière qui resplendit sur le passage qu'il veut expliquer. Il possède si bien l'Ancien et le Nouveau Testament, que les citations coulent chez lui de source, peut-être même ya-t-il excès dans cette abondance, car elle donne quelquefois à son travail l'aspect d'une véritable concordance. Ces rapprochements sont souvent historiques, et ils intéressent davantage; ainsi développant ce texte : orate pro persequentibus, il dit ^ : « Jésus-Christ n'ordonne pas l'impossible, il conseille la « perfection. David pria pour Saiil et pour Absalon , « saint Etienne pour ses bourreaux; Paul désirait être « anathème pour ses persécuteurs, et Jésus lui-même « commença par prier son Père de pardonner à ses « ennemis. »

Parmi les auteurs qui avaient commenté les saintes Écritures avant Jérôme, les uns s'étaient attachés au sens littéral : d'autres avaient étudié le sens allégorique comme Origène et saint Cyrille d'Alexandrie. Avant

* Comment, ad Malach., t. 111, p. 1813. « Régula scrlpturarum est : ubi manifestissima prophetia de fuluris texitur, per Incerta allegoriœ non extenuare quœ scrlpta sunt. »

* Comment, in Matth., t. IV, pars J, p. 19, 25, 62, 89. Saint Jérôme se plaît à ces rapprochements historiques qui lui servent à fuir heureusement la monotonie. Voir surtout Comment, in ep. ad Galatas, t. IV, pars 1, p. 248, 315; In Isaiam, t. 111, p. 11,34,65, H4, 137, 187,251,286,315; In Jeremiam, id., p. 542, 625, 629; In Eaechiel, id., p. 726, 742, 828, 854, 909; In Daniel, id.. p. 1109; In Osée, id., p. 1251, 1261. 11 y a dans ce passage une petite erreur de notre saint qui prenait pour des Gaulois les prêtres de Cybèle appelés Galli,' du fleuve Gallus en Phrygie. Ovide, Fast., lib. IV, V. 316.

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