‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 229 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

cation du texte sacré devient alors un champ de bataille ouvert à son ardeur pour attaquer ou repousser ses adversaires et surtout les hérétiques^ A côté de cette haine de l'erreur dont nous n'avons pas toujours approuvé l'expression, nous trouvons et nous admirons sans réserve les sentiments du patriotisme le plus généreux qui se tourmente et qui souffre des malheurs de ses concitoyens qu'il est impuissant à soulager. « Parla, sans doute, dit M.Ville- « main% il faut expliquer le caractère de grandeur et de « mélancolie si fortement empreint dans les traductions « de saint Jérôme. 11 n'a pas eu seulement l'inspiration « des lieux, il a de plus l'inspiration des malheurs de « son siècle, de ces malheurs égaux à tout ce que les « prophètes lui donnent à décrire : et il les suit avec une « âme grande et généreuse, que l'ardeur de la foi et « l'austérité de la pénitence n'ont endurcie que pour ses « propres douleurs, et qui garde à celles d'autrui la « compassion la plus tendre. »

Jérôme n'avait donc plus qu'à commenter Jérémie; le moment n'était-il pas bien choisi pour étudier le prophète des douleurs, et le vieux solitaire ne pouvait-il pas adresser à Rome les lamentations composées sur les ruines de Jérusalem? Trois fois il se mit à l'œuvre, trois fois il en fut violemment détourné pour faire face aux attaques des Pélagiens, et pour frapper de ses derniers traits la nouvelle hérésie qui menaçait l'Église. Mais il ne put achever son explication de Jérémie; l'ermite de Bethléem éprouva la vérité de cette parole d'un ancien, « que la « vieillesse est un autel où tous les maux viennent cher-

' Hérétiques. — Comment, in Isaïam, p. 196; In Jeremiam, p. 581, 594, 604, 640, 046, 667 ; In Osée, p. 1285 ; In Amos, p. 1396, 1415; In Aggœam, p. I690j In Zachariam, p. 1729.

■ ViLLEMAiN", Tableau de l'éloquence clirét., siùnl Jérôme.

« cher asile ». Il avait vu sa couronne d'amis perdre successivement ses plus belles fleurs: depuis l'an 400 sur combien de cercueils n'était-il pas allé pleurer? il pouvait dire avec vérité :

Le seuil de notre siècle est pavé de tombeaux !

Pauline et Fabiola, Népotien et Nébridius, Marcella et Pammachius, Paula, et pour terminer celte liste funèbre, il eut encore la douleur d'y inscrire le nom d'Eustochium. Ce dernier coup fut le plus terrible. Jérôme n'essaya pas de se relever. Il devint indifférent à tout; son âme parut s'être envolée avec l'ange qu'il avait formée pour le ciel, son corps languit encore quelque temps sur la terre. Il avait presque entièrement perdu la vue* : « A la lumière « d'une lampe, disait-il, je ne puis plus lire le texte hé- « breu : à la clarté du soleil, au milieu du jour, la linesse « des caractères m'aveugle. On me lit les commentaires « grecs. » Jérôme était resté seul comme ce vieux chêne dont parle Pindare et que M. Thiers a fait revivre dans une page admirable : l'âge, le travail, la pénitence, la maladie avaient usé les racines et fatigué la tige, le vent enleva les feuilles, la tempête brisa les rameaux, et le vieil arbre tomba sans bruit sur le sol qu'il avait si longtemps protégé de son ombre.

* Comment, in Eaech., lib. VII, prolog., t. lil, p. S42.

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