‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 230 sur 236 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Si la société grecque se reflète dans Homère, Thucydide, Aristophanes et Démosthènes, si le monde latin, dissipant ses nuages, élargit ses horizons et se découvre à nous dans Tile-Live, Gicéron, Horace et Tacite, l'Église doit aussi dérouler à nos yeux, dans les écrits de ses docteurs, le magnifique spectacle de ses institutions, de ses luttes, de ses victoires. Le tableau de ses lois et de sa discipline, la peinture de ses mœurs et de ses coutumes y sont retracés avec une originalité d'autant plus variée, que chaque artiste apporte à son œuvre sa couleur, son dessin, son génie: ici nous admirons l'énergie de saint Athanase, ralticisme de saint Basile, la grâce de saint Grégoire , l'éloquence de saint Jean Chrysostome ; là nous sommes émus par le courage de saint Hilaire, la douceur de saint Ambroise, la prodigieuse science de saint Augustin. Ces noms sont illustres, et nous n'en savons point d'autres à qui il ait été donné de briller d'un plus vif éclat. Mais ne pourrait-on pas craindre qu'ils n'aient emprunté quelque peu de cette gloire à la haute position qu'ils ont tous occupée, aux. graves circonstances qui les saisirent à leur entrée sur la scène de ce monde, aux événements importants dont leur sagesse arrêtait ou précipitait la marche? Princes de l'Église, ils se montraient à la tête des peuples dont ils prenaient la défense, et pour soi tenir les intérêts des

nations, on les voyait s'approcher des rois, fréquenter les cours, se mêler aux grands de la terre; ils soulevaient bien des haines , froissaient parfois de hautes susceptibilités, le plus souvent la persécution et l'exil venaient récompenser leur généreux dévoûment. Toute 1 'altenlionse fixait sur eux ; ils se dressaient comme des arbres élevés sur le haut des collines, leur feuillage prot ecteur répand au loin dans la vallée la fraîcheur et l'ombrage. Cependant cette ombre ne s'étend pas au delà de certaines limites; de même ces grands hommes ont été le plus souvent retenus dans les bornes de leurs provinces , leur action s'exerçait surtout dans le cercle d'une juridiction déterminée, aussi nous arrêtent-ils autour des sommets où ils sont établis, et, si nous exceptons saint Athanase et saint Augustin % ils nous ont bientôt mis à l'étroit dans la contrée qu'ils édifiaient et protégeaient de leurs héroïques vertus.

Il n'en est pas ainsi de Jérôme, sans autre titre que celui de prêtre de Jésus-Christ, sans autre ambition que celle de servir l'Eglise, il ne doit point à son rang l'intérêt qui se répand sur sa vie, le charme qni nous attache à chacun de ses voyages: nous l'aimons pour lui-même, pour sa rude personnalité, car le prisme des honneurs ne projette point autour de cette grande figure ses éblouissants reflets. Jérôme ne ressemble pas aux statues romaines majestueusement drapées dans la toge et assises sur leurs chaises curules, il rappelle mieux ces vigoureux athlètes, chefs-d'œuvre de l'art grec, dont la force et l'adresse éclataient dans l'arène, et soulevaient dans l'amphithéâtre les applaudissements des spectateurs.

' Saint Athanase et saint Jérôme, l'un toujours en exil, l'autre sans cesse en voyage, nous semblent avoir acquis par cette vie agitée une influence plus personnelle, plus active au temps où ils vivaient.

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