‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 23 sur 236 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

liait ainsi les airs d'un pèlerinage conlinucl. Ce goût des voyages alla toujours croissant en lui, surtout lorsque le désir d'apprendre, le besoin de savoir vinrent encore augmenter celte impatience du repos ; alors ce fut une véritable passion, grande et généreuse, comme la science qui en était la fin, mais persévérante et infatigable comme la flamme dont la matière entretient, dont le mouvement active la dévorante énergie. Nous savons la connaissance que Jérôme avait des anciens et le respect mêlé d'admiration qu'il professait pour ces sages de la Grèce qui abandonnaient tout, famille et patrie, pour courir la terre à la recherche de la vérité, dont ils entrevoyaient à peine quelques lueurs faibles et incertaines. Avec cela, est-il étrange que le premier usage de sa liberté ait été pour Jérôme de s'élancer sur leurs traces à la poursuite de celte sagesse dont les hauteurs n'étaient plus inaccessibles pour lui quand il en gravissait les sommets, défiant dans ses propres forces , mais éclairé par les lumières de la foi, soutenu par l'indéfectible appui de l'Évangile. Ne savait- il pas que Pythagore avait erré sur terre et sur mer, qu'il avait visite les continents et les îles, les nations civilisées et les peuplades barbares elles-mêmes, pour recueillir quelques étincelles de vérité égarées au milieu de tant de ténèbres ' ? Il avait lu les voyages de Platon ; en esprit, il s'était attaché aux pas de cet amant de la philosophie, se rendant auprès des prêtres de Memphis, dépositaires de la sagesse hermétique, et auprès d'Archytas de Tarente, représentant de l'école pythagoricienne. Saint Jérôme paraît heureux d'excuser son humeur voyageuse par l'exemple des grands hommes qu'il ne faisait qu'imiter , et il nous

' Ep. L, ad Paulinum, sancti Ilieron. Opfra, t. IV, pars II, p. 5G8.

40 LES VOYAGES DE SAINT JÉRÔxME.

montre avec une sorte de complaisance * Platon parcourant, à travers les plus grandes fatigues, cette côte de ritalie appelée Grande-Grèce pour visiter le berceau de la philosophie italique, la patrie des Épiménide, des Épicharme , des Xénophanes , et apprendre peut-être quelques-unes deleurs maximes, oubliées dans les livres, mais religieusement conservées par la tradition. « Dans (( Athènes, continue saint Jérôme % il était maître et « puissant, l'Académie n'applaudissait qu'à ses doc- « Irines; cependant il se fit étranger et disciple, aimant « mieux apprendre avec modestie les opinions des au- <( très, que d'enseigner les siennes avec une impru- « dente témérité. Puis enfin, pendant qu'il poursuivait « ainsi les lettres qui semblaient fuir à travers le monde, « il fut pris par des pirates et vendu au cruel Denys. Mais te captif et enchaîné, réduit en esclavage et obéissant au « tyran de Syracuse, par cela même qu'il était philo- « sophe, il se trouva plus grand que ceux qui l'avaient « acheté. »

Jérôme n'ignorait pas non plus les longues courses d'Apollonius , et il éprouve la môme satisfaction à les raconter à son ami Paulin ' ; magicien aux yeux du vulgaire , philosophe , au dire des pythagoriciens , ce célèbre Apollonius avait visité la Perse, franchi le Caucase, traversé le pays des Albaniens, des Scythes, des Massagètes et les royaumes les plus florissants de l'Inde. La largeur du Physe n'arrêta point sa marche, il le passa pour arriver chez les Brachmanes et entendre Hiarcas, assis sur un trône d'or, buvant à la coupe de Tantale ',

' Idem.

■ Idem.

* Idem.

* IMiilostralc rapiioite qu'il y avait à Técole d'Hiaicas une slatue de Tan-

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