CHAPITRE II
disserter avec quelques disciples sur la nature, le mouvement et le cours des astres. Puis il visita les pays habités parlesÉlamites, les Babyloniens, les Chaldéens, les Mèdes, les Assyriens, lesParlhes, les Syriens, les Phéniciens, les Arabes ; il parcourut la Palestine, revint à Alexandrie, pénétra jusqu'au fond de l'Ethiopie pour entendre les gymnosophistes et voir au fond du désert la fameuse table du soleil.
Notre saint estimait autant la sagesse que Pythagore; il n'était pas moins dévoué à la science que Platon ; il était aussi curieux de voir et d'apprendre qu'Apollonius, aussi ne crut-il pas mieux faire que de les prendre pour modèle, et il s'en alla, exilé volontaire, demander l'hospitalité aux peuples les plus civilisés, ou s'asseoir, humble disciple, au pied de la chaire des maîtres dont il entendait célébrer le savoir et l'éloquence. La Gaule attira d'abord l'attention de Jérôme, ce fut la première contrée qu'il voulut visiter. Pour le jeune Dalmate, les régions qui s'étendaient de l'autre côté des Alpes jusqu'aux Pyrénées, étaient presque un pays limitrophe : un voyage chez un peuple voisin lui convenait, à lui surtout qui, pour un essai, ne voulait point s'écarter trop de la patrie, craignant peut-être, comme Horace*, de se donner des ailes que son petit nid n'aurait pas semblé devoir permettre. Et puis, la Gaule était déjà célèbre dans l'empire romain ; on savait son goût pour les arts et les sciences, on connaissait son amour pour les poètes et les orateurs. Cicéron, il est vrai, trouvait que l'urbanité faisait entière-
taie tenant à la main une coupe pleine d'eau où les philosophes venaient boire avant de se coucher. (Philostrate, liv. 111, ch. vu.)
* Et in tenu! re
Majores pennas nido extendisse loqueris.
(Liv. 1, ep. XX, V. 21.)
i2 T.ES VOYAGES DE SAINT JÉRÔME.
ment défaut à ses habitants * ; mais ce grave reproche était sans doute moins fondé, depuis qu'Auguste, répandant sur ce pays les bienfaits de la civilisation, avait encouragé chez les Gaulois l'étude et le jjrogrès des lettres. L'humeur sauvage de la nation s'était adoucie, ses instincts généreux avaient pris un développement rapide, et pour parler le langage de Pline% Diane n'était plus seule à courir les bois et les montagnes de la Gaule, on y voyait aussi Minerve qui avait entraîné à sa suite, pour former son cortège, les muses effarouchées par le bruit des armes et les cris de guerre dont les barbares faisaient alors retentir l'empire romain. Constance Chlore et Constantin avaient donné l'élan et inauguré cette ère de grandeur qui multiplia les merveilles dans les Gaules*, lors môme que les Césars eurent cessé d'y résider ou de témoigner à la nation une bienveillance particulière.
Jérôme tourna donc ses regards vers ce pays, et en 369, il quitta la ville éternelle pour prendre le chemin des Alpes*; il emmenait encore avec lui son inséparable ami Bonosus, qui n'avait pas voulu le laisser partir seul pour ce nouveau voyage. Il comptait alors vingt-trois ans, et venait d'entrer dans son adolescence, selon Texpression dont il s'est servi pour marquer le temps où il connut les Attacotti, pour préciser à quelle époque de sa vie Delphidius illustrait les Gaules par ses vers et par sa prose\ Nul doute qu'il ait pris son chemin par Slridon, il le faisait naturellement pour satisfaire son désir de re-
' CicÉRox, Bnitus, 46.
* Lettres de Pline, liv. 1, ép. vi.
* A. DE Broglie , l'Église et l'Empire romain, X. I, chap. i, p. 19'<.
* Ep. I, ad Rufmum. Id., p. 3.
=* Hieronymus ad Ucdibiam, t. iV, pars I, p. 168. — Ammicn Marcellin parla avec éloge tic ce Delphidius, qu'il appelle acerrimum oratorem, liv. XVni, chap. i.