‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 231 sur 236 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

A celte époque critique où il vint au monde, pour d'autres la vie se passe dans les combats, dans la prédication, dans les souffrances, dans l'exil. L'exil de Jérôme est volontaire: pour lui, vivre, c'est voyager. Comme l'habitant des déserts où il cherchait en vain le calme et le repos, de temps en temps il arrêtait sa course au bord d'une fontaine, à l'ombre de quelques palmiers: peutêtre y évoquait-il les souvenirs de Paul, de Malch ou d'Hiiarion : puis tout à coup il repliait sa tente et poursuivait sa vie nomade. Tour à tour fatigué de la solitude et ennuyé du tun^ulte des grandes villes, il promène son trouble et ses inquiétudes de Rome à Bethléem, d'Antioche à Constantinople, d Âquilée à Jérusalem ; les Germains le virent errer sans s'arrêter aux bords du Rhin et les moines de la Thébaïde ne purent le retenir dans leurs cellules. Sa vie est dans ses voyages ; et la trame dont les premiers nœuds s'étaient formés à Rome, à l'ombre du Capitole, s'étend, se déroule largement à travers le monde, puis se resserrant elle vient suspendre ses derniers fils dans la grotte de Bethléem, au berceau de l'Enfant-Dieu.

Cette existence voyageuse a marqué la physionomie de saint Jérôme d'un cachet singulier. Il appartient à l'Occident par sa famille, sa naissance, son éducation, par la mémoire de ses jeunes années : il tient à l'Orient par ses voyages, par le souvenir de ses vieux jours passés à Bethléem dans la solitude et le silence. En Occident, il ne voulut demeurer étranger à aucune des connaissances en honneur dans la société romaine; admirateur de Cicéron, imitateur du grand écrivain, il faisait ses plus chères délices des chefs-d'œuvre de la littérature latine, et à cette école il ne tarda pas à se rendre maître de toutes les délicatesses de la langue. En Orient, il

Am LES VOYAGES DE SAINT JÉRÔME.

achève de se perfectionner dans l'étude de la littérature des Grecs, charmant ses loisirs par la lecture de leurs poêles, de leurs historiens, de leurs philosophes, et par cet avantage, il devint bientôt l'interprète des monuments de la foi grecque auprès des chrétiens de l'Eglise latine.

En Occident, il suit d'un œil attentif la marche des choses humaines; loin de demeurer indifférent à la société, il l'a étudiée dans ses douleurs et dans ses espérances, dans ses besoins et dans ses aspirations, il a compris ses déchirements et nous a rendu compte de la lulte qui la troublait pour la transformer. Appartenant à l'Eglise par son caractère de prêtre, il s'appliqua la parole sainte : Labia sacerdotis custodient scientiam, c'est pourquoi il voulut devenir maître et docteur de la science sacrée, et embrasser dans ses vastes connaissances le dogme, la morale, TEcriture sainte et la discipline ecclésiastique. Il était né pour la guerre, ses goûts le disposaient à la polémique: selon les besoins du temps, la foi trouva toujours en lui un de ses plus habiles et aussi un de ses plus ardents défenseurs; partout où elle se montra, l'hérésie fut exposée à ses coups, et l'erreur ne put jamais fatiguer son indomptable résistance. Sa position, ses relations à Rome lui permirent de voir des misères que l'on ne saurait éviter dès que la religion s'adresse à des hommes, il ne lésa point cachées, et il n'a pas craint de mettre le doigt sur la plaie, de façon souvent à faire crier les malades. Il se mêlait aux hommes pour étudier leur vie, observer leurs habitudes; ses impressions ont passé dans ses écrits, ses pensées se sont animées au souffle brûlant de son éloquence, ses peintures ont pris l'aspect de scènes vivantes, ses récits sont devenus sombres et menaçants à la façon de Tacite et de Juvénal. On dirait alors entendre

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