CHAPITRE VIII
un de ces philosophes stoïciens qu'une main savante a représentés sur une toile assistant froids et impassibles au spectacle d'une orgie romaine'; ce calme n'est qu'apparent, rentrés chez eux ils racontent d'une voix indignée les infamies dont ils ont été témoins.
Mais il y a pour l'âme comme pour le corps des atmosphères bienfaisantes , il y a des voix caressantes qui bercent l'esprit endolori comme un chant de nourrice berce un enfant malade, il y a des cercles intimes où la pensée inquiète trouve un refuge salutaire : Jérôme goûta ces bienfaits auprès des illustres Romaines qui le prirent pour guide, confiantes dans sa science et dans sa vertu. Fort de ces affeclions vraies et saintes, il devint l'âme du mouvement qui entraînait vers la perfection chrétienne les héritières des Fabius, des Camille, des Scipion; il parlait, il écrivait, il exhortait, et les filles des anciens persécuteurs, transformées en génies bienfaisants, revenaient chez elles étonner les païens euxmêmes par la pratique de vertus jusque-là inconnues. La déesse Tulela avait eu jadis à Rome un sanctuaire dans chaque maison % depuis longtemps elle désertait
* Les Romains de la décadence de Th. Couture, au musée du Luxembourg.
Sœvior armis
Luxuria incubuit, victumquc ulciscitur orbem. (Juv.)
- « NuUus locus qui non idolalrise sordiliiis inquinatus sit, in tantum ut post fores domorum idola ponerent, quos domesticos appeilant Lares, et tam publiée quam privatim animarum .suaruiii sanguinem fundercnt. Hoc errore et pessima consuetudine vctustalis mullarum provinciarum urbrs laborant : ipsaque Roma orbis domina in singnlis insulis domibnsque, Tutelae simalacrum cereis venerans ac lucernis, quam ad tiîilioneni œdium isto appeilant nomine, iit tam intrantes quam exeuntes domos suas, inoliti semper commoneantur erroris. » (Comment, in Isaïam, t. III, p. 418.)
Ce témoignage de saint Jérôme est confirmé par une foule d'inscriptions dont nous rappellerons seulement quelques-unes: « Deo Tutel. gt'uio loci. » — Al. Hama?, Hispan. (Gruterus, p. 105, II.)
« Genios Islos locales, remarque Orellius, Tutelas absolute vocari roperio a
ses aulels, mais, à la prière de saint Jérôme, Dieu semblait avoir envoyé ses anges sous les traits de ces saintes femmes pour veiller au salut des familles que les faux dieux ne pouvaient ni protéger, ni défendre.
En Orient , notre saint vécut loin du tumulte des grandes cités, il renonça de nouveau au monde pour reprendre la vie calme et tranquille dont Chalcis lui fit savourer les premières douceurs. Dans sa retraite de Bethléem, il reprit l'étude de la langue hébraïque, afin d'en pénétrer tous les secrets; il lisait alors dans le texte original les sublimes compositions des écrivains sacrés, et il passait en revue les monuments des autres langues orientales. L'Orient l'enchaînait encore par des liens plus doux; il avait formé là de nouvelles liaisons, il s'était entouré d'amis nouveaux, et des anciens même quelques-uns vinrent partager sa solitude. Toutefois, il en était demeuré d'autres en Occident, et une part de son âme semblait retenue captive au milieu d'eux : confiée à une légère feuille de papyrus, sa pensée allait souvent les consoler, les édifier, les instruire, en sollicitant une réponse pour entretenir celte correspondance qui reliait ainsi Rome et Bethléem, l'Orient et l'Occident.
Jérôme se prêtait avec une grâce parfaite à ce commerce épistolaire, qui fut toujours le charme des grands esprits. On l'interrogeait de toutes parts, de Rome et
Pelronio c. 57 fragm. Tragur. ita Tutelam htijus loci haheam propiiiam, unde ex ista Gruteri inscriplione non duplex, eed unum idemque nuaien contineri opinor. » (Orellius, Inscrip. lat., cap. IV, Dii Immortales, § 26, Genii, 1G98.)
« Tutelœ domus Rupil... M. Her... Restit... mem... » Veiontr nuper reperta quam explicat Orellius : M. Herennius Restltulus memor {loc. cit., nOOj.
« Fuscus augg. nostrorum verna vilicus Tutelœ votum reddidit... » Roma-. (Gruterus, 1075, 5, — OrcU., tff., 1837.)
De Tutela in lapidibus Hispaniensibus plerumque sunt obvia. (Cfr. Mariai Atli, t. Il, p. 375.)