‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 233 sur 236 · CHAPITRE VII r · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII r

d'Aquilée, des Gaules et de l'Espagne ; il répondait à chacun, tenant ainsi toujours ouverts les trésors de son inépuisable érudition ; aussi, dans ses lettres, touche-t-il aux sujets les plus divers, histoire, philosophie, linguistique, théologie, éducation, oraison funèbre, Écriture sainte; il écrit à des papes, à des prêtres, à des évêques, à des laïques, à des femmes, à des veuves : « Partout , « dit M. Villemain, au milieu des expressions ardentes « du solitaire, on aperçoit une grande science du cœur, « une grande expérience de ce gouvernement des âmes « qu'un pape du moyen âge appelait l'art des arts. » Pour plaire à ses lecteurs, Jérôme savait varier ses tons, changer ses couleurs : il unissait l'abondance de Tite-Live, le pathétique de Cicéron, la grâce descriptive de Pline, la curieuse investigation de Sénèque , la mordante hyperbole de Juvénal ; nous y trouvons, nous, la bonté de saint François de Sales, la sagesse de Fénelon, le laisser- aller de madame de Sévigné et quelquefois une pointe du bel esprit de Voilure. Tout cela est vif, animé, entraînant, parce qu'à chaque page on sent les aspirations d'une grande âme, et ceux qui étudieront saint Jérôme dans le recueil de ses lettres le tiendront assurément pour un vaillant cœur.

Nous aimons à le voir se dérober à ses amis qui le pressent, à ses ennemis qui le poursuivent, aux hérétiques qui s'exposent à ses rudes attaques, pour s'attacher surtout à la mission qui assure à jamais à travers les âges son influence dans l'Église catholique. Sans doute, il est beau de prendre la parole dans un siècle de bassesse et de lâcheté pour défendre la religion méconnue, la vertu calomniée, l'innocence opprimée, et quand on ne pouvait se faire entendre, d'écrire et d'adresser aux empereurs l'apologie du christianisme, à la façon de

Terlullien et de saint Justin : il est beau de défendre la liberté des peuples contre la violence, et à l'exemple des Athanase, des Hilaire, des Chrysostome, des Ambroise, de contraindre la tyrannie à briser les chaînes qu'elle forgeait, le despotisme à respecter les droits imprescriptibles de l'humanité. Il est beau d'expliquer par ses écrits les dogmes catholiques, de les défendre contre l'erreur, et de les éclairer dans leur mystérieuse obscurité; il est beau d'élever une chaire à la place de la tribune antique, de s'armer d'une éloquence nouvelle pour affermir la morale évangélique, pour déraciner les vices et faire aimer la vertu : mais n'y a-t-il pas quelque chose de plus beau, de plus grand, de plus utile, et en môme temps de plus difficile, le soin de veiller au trésor des saintes Ecritures ? Les livres sacrés , commentés par l'Eglise et la tradition, ne renferment-ils pas, avec le dogme et la morale, les vrais principes de la justice, du devoir, de l'honneur, de la civilisation et de la liberté ? Quelle sublime mission pour un homme d'être chargé d'écarter toute main sacrilège qui viendrait porter atteinte à ce précieux dépôt? Déjà, au iv^ siècle, les livres saints n'avaient pas été respectés par la malice des hérétiques, et l'ignorance des copistes y apportait encore des changements déplorables. Damase se fit l'organe du monde chrétien, et, au nom de l'Eglise catholique, li confia à saint Jérôme l'œuvre de rendre au texte sacré son intégrité première, et de conserver intact le fondement de notre foi et de nos espérances.

Notre docteur commença son travail à Rome : chassé par l'envie, qui s'attache toujours aux grandes choses, comme le lierre aux vieux chênes, comme la mousse aux roches de granit, il vint à Bethléem dévouer le reste de sa vie, son érudition, sa connaissance des langues

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