CHAPITRE II
semble faire allusion : « Il fait bon d'êlre fou quelquefois à ses heures \ » Hélas! de malheureuses discussions vinrent ensuite séparer deux esprits, deux cœurs qui paraissaient si bien faits pour se comprendre et pour s'aimer, et la fleur de cette amitié se flétrit au souffle brûlant de l'esprit de dispute et de controverse.
A Rufin il faut ajouter le diacre Julien, Jovinius, Chromalius et Eusébius, dont Jérôme fit alors la connaissance, et qu'à son relourdes Gaules il trouva tout disposés à reprendre et à resserrer les liens de cette amitié trop tôt interrompue.
Saint Jérôme clans les Gaules.
C'est ainsi que Jérôme sut mettre à profit le temps qu'il demeura dans Aquilée; puis il quitta cette ville et poursuivit le but de son voyage, qui le conduisit enfin dans les Gaules. Pour étudier et connaître cette province, il ne se contenta pas de visiter tel ou tel canton dont la renommée lui disait plus de merveilles, de voir telle ville où les écoles avait acquis plus de célébrité, de fréquenter tel maître dont il entendait vanter avec plus d'enthousiasme la science et l'érudition : il voulut parcourir ce pays dans tous les sens ; grâce à son infatigable activité, il s'en allait chez les différentes nations, examinant les mœurs, écoulant les hommes illustres, in-
' Horace, Odes, Tiv. IV, od. XII, v. 28:
Dulcc est desipere in loco.
teiTogeanl les souvenirs, consullant les bibliothèques, recollant partout sur ses pas une ample moisson de remarques et d'observations curieuses.
On le vit errer ainsi à l'aventure, pendant deux ans, à travers la contrée qui s'étend entre les Alpes et les Pyrénées, entre l'Océan et le Rhin *. Il habita tour à tour parmi les Vangions^ et les Vénètes% les Rémois*, les Ambiens % les Alrébates ^ et les Morins, qu'il place avec Virgile à l'extrémité du monde ^; entre leurs villes principales il cite Mayence % dont les barbares s'emparèrent dans la suite, et qu'ils renversèrent de fond en comble après avoir massacré une foule d'hommes dans les églises; Reims % la cité la plus puissante, au dire de notre voyageur, qui lui applique l'épithète de prœpotens, Tournay *°, Strasbourg" que les invasions annexèrent bientôt à la province détachée de la domination romaine et rendue à la liberté, c'est-à-dire livrée aux nouveaux conquérants, sous le nom de Germanie. Quittant l'Orient, il descendit vers le midi et visita les peuples de la Gaule Lyonnaise*^ de laNarbonnaise", de laNovempopulanie**, il entendit les Gaulois de l'Aquitaine vanter leur origine
* Quidquid inter Alpes et Pyrœneum est, quod Oceano et Rheno includitur. — Ep. XCI, ad Ageruchiam. 7d.,p. 748.
* Yangiones.
^ Nemetœ.
* Rémi.
* Amhiani.
* Atrebatœ.
' Extremique hominum Morini, Rhenusque hicornis.
* Maguntiacum.
* Remorum urbs prcepotens.
*" Tornacus.
** Argentoratus.
*- Lugdunensis et Narbonensis provinciœ, novemque populorutn.]
** Idem.
" Idem.