CHAPITRE II
grecque'; il connut leurs capitales, Bordeaux% où il se lia avec le prêtre Amandus, et nous avons encore une lettre qu'il lui écrivait de sa retraite de Bethléem : Lyon % où il veut qu'Hérode ait été exilé par Tibère; Lyon*, glorieuse de cette cohorte d'illustres martyrs qu'elle a baptisés de son nom, et surtout fière de saint Irénée', ce grand adversaire des hérésies, dont saint Jérôme a souvent invoqué le témoignage, après avoir, parmi ses hommes illustres, rappelé l'origine, les ouvrages et les services que le saint évêque avait rendus à l'Eglise : Marseille % cette colonie de Phocéens où l'on parlait trois langues, dit saint Jérôme confirmant le mot de Varron, le grec, le latin et le gaulois : Toulouse % qu'il aima par-dessus toutes les villes de la Gaule et dont il ne pouvait parler sans verser des larmes; Toulouse*^, où il laissait quelques amis fidèles, Riparius et Rusticus, Minervius et Alexandre à qui il dédiait, comme souvenir, son Commentaire sur Zacharie : Toulouse % l'heureuse patrie de saint Exupère que Jérôme a loué dignement dans une belle page consacrée à la mémoire du saint prélat, « de cet imitateur de la veuve de Sarepta, « qui oubliait ses propres besoins pour secourir les « autres. Pâle de jeûnes et d'abstinences, il souffrait de « la faim d'autrui et prodiguait tout son bien pour le u soulagement des pauvres. Rien de plus beau que cet « évêque portant le corps de Jésus-Christ dans une pe-
* Aquitania sejactat origine grœca. — Comment, in Epist ad Gaîat., p. 255.
* Ep. ad Amandum. Id., p. 160.
3 Comment, in Evang. Mattli. Id., p. 10.
* Idem.
" De viris illust., t. IV, pars H, p. 112.
" Comment, in Epist. ad Galat., lib. il, t. IV, pars I, p. 2ôi.
' Non possum absque lacrymis Tolosœ facere mentionem.
* Lettres XXXVII, Cil, XC, XCV.
» Ep. XCV, ad Rusticum, t. IV, pars II, p. 778.
i8 LES VOYAGES DE SAINT .lÉRÙME.
« lite corbeille d'osier et le précieux sang dans un calice « de verre. 11 chassa l'avarice du temple , sans fouet, « sans paroles amères; il renversa les sièges des mar- « chands de colombes, c'est-à-dire de ces simoniaques « qui vendaient les dons du Saint-Esprit; il brisa les « tables des trafiquants et dispersa l'argent des usuriers, « afin que la maison de Dieu fût vraiment une maison « de prière et non pas une caverne de voleurs. » — Aussi dans sa pieuse admiration S Jérôme ne craignait pas d'affirmer que Toulouse avait dû son salut aux mérites de saint Exupère, intercédant pour elle au milieu des ruines amoncelées en Gaule par les invasions. Car toutes ces contrées étaient alors florissantes au moment où Jérôme les allait parcourant, mais elles devinrent plus tard la proie des barbares les plus féroces : Quades, Vandales, Alains, Sarmates, Gépides, Hérules, Saxons, Burgundes, Alemans - parurent se donner rendez-vous sur ce sol qui avait jadis enseveli dans un vaste tombeau la première invasion des Cimbres et des Teutons. La désolation de ces régions qu'il avait vues riches et heureuses, excitait dans l'âme de Jérôme une émotion d'une indéfinissable tristesse ; son cœur ému de pitié mêlait aux regrets d'un présent si douloureux les souvenirs d'un passé plus gai dans une lettre qu'il écrivait à la jeune Ageruchias^; il laissait ainsi sa pensée non moins légère que la feuille chargée de la transmettre, remonter un peu le cours des âges et se reporter aux lieux qu'il avait visités dans des temps meilleurs, pour nous tracer quelques lignes, et nous montrer sur ces lignes quelques points où il s'était arrêté dans son voyage à travers les Gaules.
* Ep. XCI, ad Ageiuchiam. Id., p. 748.
* Idem.
' Idem.