‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 30 sur 236 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

parler de ses héroïques efforts, il connut les combats, il sul les triomphes du nouvel apôtre, et, plus tard, il n'oublia pas de le compter parmi les colonnes inébranlables qui supportent l'immense édifice de la foi catholique *. Avec quel empressement ne dut-il pas recueillir les moindres témoignages conservés par une tradition patriotique en mémoire du grand évoque qui, à son retour de l'exil, vit l'Église des Gaules tressaillir d'allégresse et lui décerner les honneurs de la plus louchante ovation M Certes, quand il se trouva sur les lieux où fut écrite la lettre à Constance, notre saint docteur sentit son âme profondément émue, et il interrogea les échos pour savoir s'ils ne se réveilleraient pas, afin de redire quelques-unes des sublimes paroles du généreux pontife accusant les lâches fureurs d'un empereur hérétique.

Pendant que Jérôme étudiait ainsi saint Hilaire, il ne négligeait pas de prendre connaissance de ses écrits; il n'y trouvait rien à blâmer au point de vue de la doctrine, et un jour il conseillait à une dame romaine de les mettre aux mains de sa fille pour achever son éducation chrétienne *. A Trêves, il se souvint de la promesse qu'il avait faite à Rufin avant son départ d'Aquilée; c'est pourquoi il s'empressa de transcrire de sa propre main le livre des Synodes composé par le saint évoque de Poitiers S ouvrage long et diffus, qu'il se hâta sans doute de faire passer à son ami , car il fut plus tard obligé, quand il en eut lui-même besoin, de le demander à Florentius. Comme ce travail de copiste lui prit beaucoup

' De Viris illust., t. IV, pars II, pr. 124.

* Dial. advers. Lucif., id., p. 301.

' Ep. XLVIl, ad Furiani, id., p. 557.

* Kp. IV, ad Florent., td., p. C.

de temps, il songea aussitôt à retirer un avantage personnel du séjour qu'il se voyait obligé de prolonger à Trêves au bénéfice d'autrui : il apprit la langue du pays, et il la retrouva, dans la suite de ses voyages, en Orient, chez les Galates qu'avait évangélisés saint Paul; elle avait subi quelques modifications empruntées à la langue grecque que parlaient les nations voisines. Cette altération n'avait, du reste, rien d'extraordinaire, selon la remarque du saint, puisque les autres langues subissaient partout les mêmes vicissitudes : ainsi les peuples de l'Afrique se servaient du dialecte phénicien corrompu, et le latin lui-même perdait chaque jour, suivant le pays et les hommes, quelque chose de sa pureté native * .

Jérôme put donc, grâce à ces loisirs qu'il devait à l'amilié, faire une élude sérieuse, acquérir une connaissance nette et précise de la contrée qu'il visitait, et il nous a laissé dans ses écrits des jugements dignes d'attention sur la Gaule et sur ses habitants. Pour apprécier leur caractère, il rappelle le sentiment de saint Hilaire qui donnait aux Gaulois l'épithète d'ind-ociles^; elle ne paraît pas des plus flatteuses, et pourtant, telle qu'elle est, je l'aime, surtout depuis que M. Ozanam nous en a expliqué le sens vrai dans un magnifique commentaire ' : « Ces hommes errants, dit~il, ces hommes de « guerre, ces chasseurs habitués à ne reconnaître au- « cune autorité visible, à ne dépendre que de leur arc « et de leurs flèches, apporteront dans le monde, avec « une humeur superbe qui foulera aux pieds, pendant

* Comment. inEpist. ad Galat., lib. 11, cap. m, p. 255.

* Idem.

^ OzAXAM, Éludes germaniques, t. 1, ch. vu. — Montalembert, Les moines d'Occident, t. 1, p. 31. — Guizot, Histoire de la civilisation en France, leçon VII.

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