‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 32 sur 236 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

trouv. presque enveloppé dans les filels de ses ennemis*. 11 déjoua leurs perfides complots par le secours d'Évagre, qu'il instruisit de toutes ces intrigues, le chargeant d'en faire part, le plus tôt possible, à l'empereur lui-même.

Sur ces entrefaites, un homme et une femme de Verceil furent accusés d'adultère; on les mit à la torture, et l'homme qui préférait une prompte mort à une longue et cruelle agonie, se hâta de confesser, contre le témoignage de sa conscience, qu'il était coupable. La femme fut plus forte contre la violence du supplice : elle soutint qu'elle était innocente de ce crime. Sa fermeté ne se démentit point à l'épreuve d'une nouvelle question; au milieu des tortures qui la broyaient, elle appelait à son secours Jésus-Christ, le témoin et le juge de son innocence. Néanmoins, cette constance invincible n'empêcha pas le consulaire de la condamner à mort avec son prétendu complice, qui eut aussitôt la tête tranchée. Mais quand on voulut exécuter celte pauvre femme, on la frappa quatre fois, sans que la blessure fût mortelle; seulement au dernier coup, le glaive se replia comme s'il se refusait à verser le sang innocent. Un miracle aussi surprenant causa une vive émotion parmi le peuple ; dans l'emportement de sa piété, la foule contraignit le bourreau à prendre la fuite, sous peine d'être lui-même sacrifié à la place de sa victime, que chacun voulait voir mettre en liberté. Tout à coup, l'officier chargé de veiller à l'exécution de la sentence, vint représenter à la multitude que si on sauvait cette femme, il payerait de sa tête une condamnation ainsi annulée. Il fut cause qu'on la ramena au lieu du supplice, elle reçut encore

' « Romanum episcopum jampene factionis laqneis irretitnra. »

(Ad Innoc. H.)

trois coups et tomba; on la crut morte. Les clercs, chargés dans l'Église naissante du soin d'ensevelir les morts', emportèrent le corps à quelque distance, et se préparèrent à lui rendre les derniers devoirs. Pendant que l'on creusait la fosse et que l'on vaquait aux soins de ce triste ministère, la femme donna quelques signes de vie; on s'empressa bien vile à lui porler secours, et elle ne tarda pas à se trouver entièrement guérie de ses blessures.

Cependant elle demeurait au secret, et l'on se gardait bien de divulguer cette merveilleuse aventure, soit que la sévérité de l'empereur épouvantât les clercs, soit que le consulaire eût abdiqué depuis longtemps tout sentiment d'humanité. Quoi qu'il en soit, la chose devint publique, et l'on vit la justice assez injuste pour faire saisir de nouveau cette pauvre femme, afin d'arracher la vie à celle que Dieu lui-même s'obstinait à préserver d'une façon si miraculeuse.

Valentinien était alors à Trêves, qu'il ne quitta pas de 370 à 373, car il pouvait, de là, repousser plus facilement les invasions des Alemans. Évagre vint y trouver l'empereur pour remplir la mission qu'il avait reçue du pape, d'instruire la cour de ce qui se passait à Rome. Il comptait profiter de la circonstance pour intercéder en faveur de l'accusée de Verceil. Il réussit pleinement dans son double message; Valentinien fit grâce à la femme, et il donna ordre au préfet Prétextalus de renvoyer en exil Ursin et les auteurs du désordre ^

C'est ainsi que Jérôme eut occasion de revoir Évagre

' Ces clercs portaient le nom de Fossarii. * Ep., ad Innocent, loc. cit.

' Ut nulla alterius populos contentio nefanda collideret, dit le décret Impérial.

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