CHAPITRE IL
elle pas assistance et protection? Et sa sœur? A qui eût-il confié le soin de veiller sur son inexpérience, lorsqu'il ne craignait pas de l'abandonner, faible roseau, au vent de la tentation ? Enfin, quelles raisons si graves pouvaient l'entraîner à Rome, quand il n'en trouvait pas pour courir à la solitude vers laquelle, en ce moment, il soupirait bien mieux qu'après les embarras de la capitale.
Jérôme demeura donc dans sa patrie, et il trouva dans Aquilée une sainte famille où il reçut la plus cordiale hospitalité; Eusèbe et Chromatius étaient les enfants de la maison qui s'ouvrit si généreusement pour le recevoir. Plus tard, il leur écrivit du fond du désert, et il les priait de saluer en son nom leur mère, leurs sœurs, qui, victorieuses du siècle, avaient offert à Dieu le sacrifice de leurs espérances ici-bas*. « 0 sainte maison ! s'écrie-t-il, « en livrant son âme à la poésie de ces doux souvenirs, (( sainte maison où demeure la veuve Anne, les vierges u prophétesses et deux Samuels nourris dans le Temple. » Nous apprenons par cette même lettre de saint Jérômr les services signalés que les deux frères rendaient à l'Église; chaque jour ils confessaient le Christ en observant ses préceptes ; mais à cette gloire privée se joignait le mérite d'une confession publique et manifeste, puisque c'était par leur ministère que le poison des doctrines ariennes était expulsé bien loin de la ville où il avait été apporté par l'évéque hérétique Fortunatianus.
De ces deux frères, il ne faut pas séparer Jovinus% car ils l'aimaient comme s'il leur avait été uni par les liens du sang; Rufin était admis dans cette intimité,
* Ep. VII, ad Chromât. Euseb. cl Jov. H., p. 14.
* Idem, p. 1-3.
leurs instructions développaient ses connaissances, tandis que leurs exemples le formaient insensiblement à la discipline monastique*. N'oublions pas de joindre à ces noms celui du diacre Julien, dont la douce vertu avait si bien gagné le cœur de Jérôme, qu'il ne trouvait pas de meilleur maître pour le remplacer auprès de sa sœur. Tels étaient les amis que notre voyageur avait retrouvés dans Aquilée, et leur nombre s'accrut bientôt de ce qu'il y avait dans la ville d'hommes remarquables par l'esprit et la piété : le sous-diacre Nicias^ élevé plus tard à l'épiscopat, dans la ville de Romaciano, et le même peutêtre que le Nicétas ' compté par saint Paulin parmi les évêques de cette ville; le moine Chrysogonus*, à qui Jérôme avait voué une affection plus tendre; Innocent % qu'il emmena en Syrie; Héliodore% qui le suivit aussi en Orient, mais que ses exhortations et ses prières ne purent attacher à la vie du désert; enfin Népotien% neveu d'Héliodore, que Jérôme prit soin d'initier aux vertus sacerdotales; la mort l'enleva trop tôt, et ne permit pas au maître d'achever son œuvre.
A la tête de cette aimable société se plaçait l'évêque Valérien^, pontife vénéré pour l'austérité de sa vie et son scrupuleux allachement à la foi de Nicée, dans un temps où le venin de l'arianisme exerçait partout ses ravages; il avait su mériter le respect des hérétiques et s'assurer l'affection des fidèles. Le zèle et la sagesse du saint prélat guérissaient peu à peu le mal causé par
* Rufmi Inveciiv., lib. I,t. IV, pars U, p. 35X>.
* Ep. VIII, ad Niceam, id., p. U.
' Le Nain de Tillemont, Saint Jérôme, art. IV.
* Ep. IX, ad Chrysogonum, t. IV, p. 15.
» Ep. XVII, ad Innoc. Id., p. 33. — Ep. I, ad Ruf. Id., p. 2.
8 Ep. V, ad Heliod., id., p. G.
' Ep. XXXIV, ad Nepot. Id.,p. 257.
» Ep. Vil, ad Chromât., Euseb. et Jov., id., p. 14.