CHAPITRE II
l'arien Fortunalianus ', el la bergerie d'Aquilée, à la place d'un loup, se réjouissait d'avoir reçu un pasteur. Chacun admirait sa bonté, tous en ressentaient les effets, et la ville apprenait chaque jour un nouveau trait de la paternelle sollicitude de son évêque; aussi Jérôme n'eut-il rien tant à cœur que d'acquérir d'abord, ensuite de maintenir une amitié si rare et si exquise. Valérien avait réuni dans Aquilée^ une petite communauté qu'il formait à la rude discipline des monastères : de là certains auteurs ont pensé que saint Jérôme s'y était retiré pendant le séjour qu'il fut alors contraint de prolonger dans sa patrie. Mais le texte sur lequel est appuyé ce sentiment nous semble plutôt désigner la solitude de Chalcis, où notre Dalmate put dire avoir été véritablement moine, et ne s'être pas contenté de le paraître ^
C'est encore à ce moment que Jérôme se lia d'amitié avec Paul de Concordia*, vieillard vénérable qui avait jadis donné a Rome l'hospitalité à un notaire chargé par saint Cyprien de défendre, auprès du pape saint Victor, l'opinion de ceux qui voulaient rebaptiser les hérétiques. Paul aimait beaucoup Tertullien. Il répétait sans cesse que saint Cyprien lisait tous les jours l'auteur de VApologétique, et qu'il disait souvent à son secrétaire : « Donnez-moi le maître % » appelant de ce nom le redoutable adversaire de Praxéas et de Marcion. Paul avait un exemplaire de Tertullien , il l'avait prêté à Rufin % et comme celui-ci le gardait trop longtemps, il priait avec instance Jérôme de lui renvoyer le précieux volume. Il
' A. DE Broglie, l'Église et l'Empire romain, pars II, t. I, p. 264.
* Vallarsh et Maff^ei, Vita sancti W/'er., cap. v. 3 Ep. XXXIX, ad Theoph., t. IV, p. 33G.
* Ep. X, ad Paul, /d., p. 16.
" De viris illust., LUI, ici,, p. 115. « Ep. IV, ad Flor. Jd.,p. 6.
possédait aussi les Commentaires de l'évêque arien Fortunatianus sur les Évangiles*; ils étaient mal écrits, cependant Jérôme les estimait, et il pria un jour Paul de les lui prêter \
Au milieu de ces amis qui joignaient un esprit bienveillant et modeste aux connaissances les plus variées, Jérôme sentit se resserrer les liens qui l'attachaient à la vie commune; ses ennuis se dissipaient, ses inquiétudes se calmaient, peut-être le projet qu'il avait formé sur les bords du Rhin commençait-il à prendre dans son esprit les formes vagues et indécises d'un souvenir lointain, quand la Providence vint, par un coup imprévu, recommencer ses traverses, et le jeter au milieu de cette vie aventureuse dont il avait naguère fait l'apprentissage dans les Gaules.
' DeTirisillust.\C\U,id.,\\ 124.
» Ep. X, ad Paulum, Ici., p. 17.