‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 37 sur 236 · VOYAGES DE SAINT JEROME EN ORIENT · texte numérisé non relu

VOYAGES DE SAINT JEROME EN ORIENT

Saint Jérôme en Tlnrace, en Galatie, en Gappadoce, en Gilicie.

De quelle partie du ciel a soufflé la tempête qui emporte dans les airs la feuille que nous voyons passer en tournoyant au-dessus de nos têtes? Une main inconnue l'a-i-elle jetée dans l'espace? N'a-t-elle pas été violemment détachée de sa tige par le vent qui la chasse devant lui? Saint Jérôme fut enlevé d'Aquilée d'une façon non moins mystérieuse; mais à l'heure de quitter sa patrie, au moment de se séparer de ses amis, Rufin, Chrysogonus, Eusèbe, Ghromalius, sa force défaillit, un cri d'angoisse s'échappa de son âme brisée par la douleur : « Je fus arraché de tes côtés par un tourbillon su- « bit, disait-il à Rufin ; une violence sacrilège m'enleva « malgré les doux liens qui me retenaient*, v Ces paroles

' Ep. 1, ad Ruf., sancti liieron. Opéra, tomus IV, pars II, p. 2. « Posiquara me a tuo lalere suLitus turbo convulsitj postquam glutino charitatis hœrentem impia distraxit avulsio. »

suffisent pour nous faire comprendre que Jérôme celle fois s'éloignait malgré lui ; il y avait là une force extérieure qui triomphait de sa volonté, il cédait à une puissance cachée contre laquelle il ne pouvait, ou ne voulait pas résister. Tout à coup, sur sa tête vint éclater un orage, mais à ses sombres clartés nous ne pouvons distinguer d'où partaient, quels étaient les coups qui forcèrent Jérôme à quitter sa patrie pour chercher ailleurs un refuge, un abri.

On a présenté différentes explications de ce départ précipité : pourtant, il faut l'avouer, il y a peu d'espérance de deviner, parmi les auteurs, lequel a trouvé la meilleure. Jérôme aurait-il senti grandir de nouveau dans son âme une de ces passions ardentes dont il avait connu Tivresse, éprouvé les emportements? Fuyait-il de peur qu'une étincelle ne vînt réveiller des flammes assoupies et allumer dans son cœur un embrasement nouveau? Il était revenu de Rome et des Gaules avec cet esprit observateur que les voyages ne font qu'aiguiser : tout n'était point parfait dans sa patrie, il fut témoin de bien des misères ; en critiquant les travers, en censurant les vices, il ne respecta peut-être pas toujours les personnes. Celte conduite ne dut-elle pas exciter des haines, provoquer des désirs de vengeance? Depuis quand les passions effrénées ont-elles appris à supporter patiemment la contrainte qu'on leur impose? Depuis quand les loups ravisseurs se laissent-ils arracher leur proie sans se jeter sur ceux qui les affament?

Stridon, que saint Jérôme ne nous acertes pas représentée sous de brillantes couleurs, Stridon avec ses habitants enclins aux vices les plus dégradants, et pour qui la richesse tenait lieu de vertu, Stridon avait alors un triste pasteur dans Lupicinus : selon le proverbe vulgaire, le

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