‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 38 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

couvercle ne déparait pas le vase' . C'était un pilote inepte, chargé de diriger la marche d'un navire fracassé, c'était un aveugle dans la fosse, en un mot, le berger valait les brebis. Ce portrait n'est ni flatté, ni flatteur. Il fallait que les torts de ce Lupicinus fussent graves, sa conduite inexcusable et ses désordres patents, pour que, déposant toute réserve, laissant de côté tout ménagement, saint Jérôme l'ait envoyé à la postérité marqué de pareilles flétrissures. Dans sa haine, cet homme ne prépara-t-il pas les sacrilèges violences, ne souleva-t-il pas l'orage subit auquel Jérôme ne put se dérober que par la fuite? Gomme on voit, pour former la tempête, les nuages s'amonceler de toutes parts, leur masse imposante monte à l'horizon obscurcissant la clarté du jour jusqu'à ce que du ciel entr'ouvert parle la foudre qui va répandre au loin la terreur et la désolation : de même des événements fâcheux, ses propres passions, celles des autres, la haine, l'envie, la jalousie, et nous pouvons y joindre encordes ressentiments de sa tante Castorina% à laquelle il eut alors le malheur de déplaire, tous ces accidents vinrent se confondre dans le tourbillon qui ravit Jérôme à la société choisie dont il était déjà l'arbitre dans Aquilée.

Ce fait mémorable dans la vie et les voyages de notre saint arriva en 372. On a proposé d'autres dates, celle-ci s'appuie sur l'autorité de Vallarsi*. D'ailleurs, elle nous semble concorder seule avec l'époque certaine de quelques événements contemporains ou postérieurs. En effet, le départ de Jérôme fut le signal de celui de Rufin qui.

* « Accessit huic patellsp, juxta tritura pnpuli sermonc proverbium, dignutn operculum. s Ep. Vil, ad Chrom., id., p. 14.

* Ep. XiH, ad Castorinam, ici., p. 18.

' Vallaush et Maffei, Vita S. Hieron., cap. vi.

trouvant sans doute le séjour d'Aquilée désormais triste et ennuyeux, ne tarda pas à saisir l'occasion de quitter cette ville *. Il accompagnait sainte Mélanie dans son pèlerinage en Orient; il visita les saints lieux, parcourut la Palestine et se rendit à Alexandrie où il élait à la mort de saint Alhanase en 373 ^ Il faut donc de toute nécessité fixer ce voyage de saint Jérôme en 372, puisqu'il se mit en route avant Rufin, afin de donner à celui-ci le temps de passer par Jérusalem avant d'aller en Egypte. C'est ainsi que l'âme navrée, pour échapper aux ennemis qui le menaçaient, Jérôme s'éloigna d'Aquilée où il laissait ses parents, ses amis, et il prit le chemin de l'Orient, car « celte âme ardente, nous dit M. Villemain, « avait hesoin de voir de près les origines de la foi, les « premiers sommets éclairés de sa lumière, d'interroger « les Eglises d'Orient, leurs doctrines, leurs solitaires*.» Il ne partit point seul : Héliodore, Nicéas, Innocent et Hylas, esclave de sainte Mélanie, tinrent à honneur de partager sa fortune. Ils s'embarquèrent à Aquilée, s'il faut en juger par ce texte que saint Jérôme emprunte à Virgile, après un autre souvenir pris à l'Ecriture sainte, pour nous dire la vivacité des sentiments qui l'attachaient à ses amis ^ :

Tune mihi cœruleiis supra caput adstilit imber, Tune maria undique, et undique cœlum ".

Pourquoi se servir de ces expressions claires et signicatives si, comme l'ont prétendu quelques-uns, il avait

• Ep. n, ad Florentium, Jd., p. 4.

' Le Nain de Tillemont, S. Athanase.

' Tableau de l'éloquence chrétienne au i\' siècle. Saint Jérôme.

* Glutino charitatis. — Nous lisons au livre des Rois : « Anima Jonathœ conglutinata est aniinœ David. » (Lib. 1, Reg., cap. xvin, i.)

" ViRC, En., liv. 111, vers 194.

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