CHAPITRE III
cyre ; ils la trouvèrent troublée par des factions et déchirée par des dissensions intérieures ; cette ville s'était livrée aux doctrines les plus absurdes et les plus contradictoires des Cataphryges \ des Manichéens % des Passaloryncites' et autres hérétiques dont le nom aussi bien que les erreurs affectaient aux yeux de Jérôme une forme vraiment fantastique ^ De la Galatie, il descendit en Cappadoce et vint à Césarée; c'était la métropole de la province, elle s'appelait auparavant Mazaca% quand il plut à Auguste de changer ce nom en mémoire de son père adoptif. Le peuple de Césarée était alors dominé par l'influence du beau génie et de la vertu constante de Basile ; le spectacle de sa charité avait touché les cœurs, la puissance de sa parole avait subjugué les esprits, toutes les voix s'unissaient en un magnifique concert pour célébrer dans le saint archevêque le père des indigents, l'ami des malheureux, le confesseur inflexible dans sa foi, l'apôtre infatigable dans ses dévoûments. Quelle joie pour notre voyageur de voir cet illustre docteur de l'Eglise orientale, de l'entendre, de le consulter, d'apprendre de lui-même les ouvrages qu'il avait composés, pour les étudier ensuite avec un pieux recueillement consacré par la religion du souvenir!
Un autre bonheur attendait Jérôme dans la capitale de la Cappadoce; Evagre, l'ami qu'il s'était fait en Gaule, venait d'arriver à Césarée. Nous l'avons vu quitter Aquilée pour se rendre à Rome, où différentes affaires l'appariaient auprès du pape Damase. Quand il les eut réglées, il partit pour la Cappadoce, chargé par le Souverain- Pontife d'une nouvelle mission auprès de saint Basile qui
' Comment, in Ep. ad Galat,, Id., p. 255.
* Idem. — ' Idem. — * Idem.
" Comment, in Ezech., lib. VIII, cap. xxvii, 13, 14, t. III, p. 834.
en fait foi dans une de ses lettres écrite en 373'. Dès lors nos deux amis ne se séparèrent plus, ils avaient eu tant de joie à se revoir ! Ils traversèrent ensemble la Gilicie, au milieu des ardeurs d'un été brûlant, ce qui leur fit sentir mieux la vérité de la triste signification que les interprètes donnaient au nom de cette province stérile et rocailleuse ^ A Tarse, ils interrogèrent les souvenirs palpitants encore qui devaient s'attacher au berceau de saint Paul. Jérôme, toujours curieux d'apprendre, se livra à ses observations accoutumées de linguistique et de grammaire comparée; il rechercha dans la langue du pays les héllénismes que le grand apôtre pouvait avoir insérés dans ses Epîtres ; ces expressions originales défient les efforts et lassent la patience du traducteur, qui ne saurait arriver dans ses longues périphrases à rendre leur énergique concision^ Pour expliquer lesfaçons dédire du grand apôtre, Jérôme avait recours à sa connaissance des auteurs profanes, il empruntait des exemples analogues à la littérature romaine, et montrait Virgile unissant, en vertu d'un latinisme, au mot froidure l'épilhète de scélérate, sceleralum frigus *. Une élude approfondie du grec
' Ep. CXXXVIII , Eusebio eptscopo Samosatorum. Sancti Basilii opéra, t. 111, éd.bénéd., p. 230.
' Comment, in Ep. ad Galat., lib. 1, cap. ii, vers. 21. Sancti Hieron., opéra, t. IV, p. 1, p. 237.
^ Sanctits Hicronimus Algasiœ, t. IV, pars 1, p. 204. — Mulla sunt verba quibus juxta morem iirbis et provinciœ suœ familiarius Apostolus utitur. E quibus exempli gratià pauca ponenda sunt. « Milii autem parum est judicari ab humano die (I ad Cor. 4.) Hoc est, àjrô àvOswjrîvr,; •«u.ï'paç. — Et: « humanum dico » (ad Rom., 6), hoc est, àve:w;nvov Xs-yco. — Et : cù y-xTsvâp^.r.aa r,u.à;, hoc est « non gravavi vos.» (H ad Cor., 12). Et quod nunc dicilur, \>f\8i\- r,ii.à.:i xaraÊf xêeuÉTw, id est, « nullus bravium accipiat adversum vos. » Hoc enim gra^cè dicitur, îtaTotêiaSEueTtù, quando quis in certamine positus, iniquitate Agcnothetœ, vel insidiis magistrorum, Ppxêsî&v et palmam sibi debitam perdit. — Quibus et aliis multis verbis usque hodlè utuntur Ciliées.
* Géorgiques, chant 11, v. 256 :
At sceleratum exquirere frigus
Difficile est