‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 41 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

et du lalin poussée avec celle force de volonté qui distinguait notre Dalmate, l'avait rendu maître de ces deux langues; on conçoit dès lors l'intérêt qu'il devait prendre à ces exercices littéraires, ils charmaient ses loisirs et le disposaient insensiblement à la grande mission que Dieu lui réservait dans l'avenir, celle de veiller à l'intégrité des saintes Ecritures et de travailler plus que loul autre à la formation de la langue de l'Eglise.

La petite caravane composée de Jérôme et de ses amis se rendit à Rliossus, sur les côtes de la province ecclésiastique de Cilicie. Strabon place cette petite ville entre Issus et Séleucie \ elle avait donné son nom à un écueil voisin, tristement célèbre dans l'histoire de la navigation de ce temps. Jérôme voulut y passer quelques jours dans la compagnie de Théodosius, qui avait élevé sur celte terre sauvage et désolée un monastère dont il était abbé ^ Après avoir étudié la vie austère de ces pieux reclus, et s'être édifié au spectacle de leurs vertus, notre saint se rappela les bords du Rhin, ses projets de solitude lui revinrent à l'esprit, l'image de Bonosus lui apparut stimulant sa paresse; il ne quitta Théodosius qu'après avoir pris la ferme résolution de suivre bientôt son exemple. C'est ainsi qu'Antoine s'en allait, sur la foi d'une inspiration d'en haut, visiter Paul, le premier ermite, et prendre de lui des leçons d'une vertu plus haute, d'une perfection plus achevée, pour en donner ensuite l'exemple à ses disciples et leur raconter les merveilles qu'il avait vues et entendues au désert.

Après ces longues courses, la Syrie s'ouvrit enfin devant saint Jérôme \ comme un port de salut où il pour-

* Strabon, Géog., liv. XVI. — Ptolém(:e, 6^eo<7.,liv. V, cli. v.

* Théouoret, Religiosa historia. Paris, in-folio, lG'i2, t. III, p. 82G.

* Ep. I, ad Ruf., t. IV, p. 2 : a Syria milii vclut fidiSiiinus naufrage portus occurrit. »

rait, en toute sûreté, jeter ses ancres et prendre un moment de relâche, afin de réparer ses forces épuisées par les fatigues de ce voyage. Mais aux peines d'esprit dont il portait en lui le principe et la cause, il vit se joindre tout à coup les douleurs du corps ; les infirmités commencèrent dès ce moment à lui faire sentir leur dent aiguë, et l'obligèrent à demeurer à Antioche, chez Evagre, dont l'amitié lui devenait de plus en plus nécessaire pour remplacer Bonosus et Rutin.

Saint Jérôme à. Antioche.

Nous trouvons, dans les écrits de saint Jérôme, quelques détails assez curieux sur les origines d'Antioche; il prit soin de les recueillir lui-même pendant le temps qu'il y demeura, pour en faire ensuite part à ses amis et à ses lecteurs. Elle s'appelait anciennement Reblatha, à l'époque où Nabuchodonosor y fit conduire Sédécias et ses fils; c'est là qu'après avoir assisté au supplice de ses deux enfants, l'infortuné roi de Juda eut les yeux crevés, sur l'ordre barbare du monarque assyrien ^ Elle n'avait encore que l'apparence d'une simple bourgade, comme Laodicée et Apamée; Antigone commença l'ère de sa splendeur en lui donnant son nom, Séleucus acheva l'œuvre, il appela la ville Antioche, en mémoire de son père Antiochus, et elle devint la capitale de l'empire des Séleucides ^ Au temps où Jérôme y arriva, Antioche était

' Comment, in Isotam, lib. V, cap. xiii,vers. I, t. III, p. 107. ' Td., cap. XVII, vers. 1, p. 122.

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