CHAPITRE III
sèbe, deDidyme, qui avaient déjà pris ces mêmes livres pour sujets de leurs commenlaires\ Cependant on remarquait, au dire de saint Jérôme, une. grande différence d'interprétation, de style et d'enseignement dogmatique entre les écrits de Didyme et ceux d'iVpollinaire ^
Jusque-là Jérôme avait consacré à l'étude des auteurs profanes la plus large part de son temps; il résolut de se livrer désormais avec plus de soin à la culture des saintes lettres, afin de pénétrer le sens profond de ces pages mystérieuses où l'Esprit-Saint a résumé les preuves les plus irréfragables de la divinité de notre religion. L'essai d'un commentaire tenté jadis sur Abdias ne lui avait pas réussi, il n'était pas content de son œuvre ^ et s'en confessait comme d'une imprudence commise en sajeunesse, qu'il espérait bien conserver dans ses cartons et livrer aux flammes, avec plus de raison que n'en avait Virgile de vouloir traiter ainsi son Enéide. Jérôme avait écrit ces pages avant le départ d'Héliodore, il ne connaissait pas encore la vérité historique du livre prophétique. Son intention arrêtée fut de s'appliquer désormais au sens allégorique qui charmait particulièrement les Orientaux. 11 entra dans cette nouvelle voie, aidé des Commentaires d'Apollinaire, éclairé par les lumières que les écrits de cet illustre maître avaient répandues sur la science si difficile d'interpréter les saintes Écritures. Malheureusement ces lumières n'étaient pas toujours pures : le soleil a ses taches, le ciel le plus serein se couvre souvent de nuages, le génie le plus puissant a ses faiblesses et ses défaillances. Rappelons en passant Tertullien, Origène, Eusèbe, et d'autres plus près de nous. « Quelle chimère
* Comment., id., passim.
* Apol. adv. Ruf., lib. III, p. 451.
* Comment, in Abdiam, Vrologus, t. III, p. 1454.
« est-ce donc que l'homme? s'écrie Pascal. S'il est dépo- « sitaire du vrai, il est aussi cloaque d'incertitude et »< d'erreurs! » Apollinaire offre un nouvel exemple de la vérité de celte pensée. Dans ses travaux d'exégèse, il mélangea d'une façon très-peu orthodoxe les dogmes chrétiens et les doctrines platoniciennes*. Partant du principe que l'âme humaine est une substance divisible, animale d'une part, raisonnable, c'est-à-dire spirituelle, de l'autre, il devenait hérétique en soutenant que Jésus-Christ avait seulement pris la partie animale de notre âme, et que le Fils de Dieu fait homme avait, comme être doué de raison, le Verbe, la sagesse éternelle, pour principe de ses actions.
Apollinaire partageait aussi l'erreur de Terlullien, erreur que saint Jérôme nous dit avoir été commune aux Occidentaux ^; il croyait que l'âme engendre l'âme, comme le corps donne naissance au corps.
A l'hérésie du maître, les disciples, qui de lui s'appelèrent du nom d'Apollinaristes, ajoutèrent leurs propres inventions ^ : ceux-ci prétendaient que Jésus-Christ avait pris une chair humaine avec le Verbe pour âme : ceux-là soutenaient qu'à un corps humain il avait uni l'âme des bêtes, c'est-à-dire une âme obtuse, déraisonnable, purement sensilive. Quelques-uns voulaient reconnaître dans cette âme un principe auquel ils donnaient le nom de « prudence de la chair, n Jérôme nous a fait connaître tous ces errements dans la traduction de la Lettre paschale de Théophile, où cet évêque d'Alexandrie les réfute expressément, en prouvant que Jésus-Christ
' Il suivait en cela l'exemple d'Origènc. — Cf. Theophili Alexand. epist. pasch., lib. H; Hieron. interp., t. IV, pars H, p. 707. » Ep. LXXVIII, ad Marc, et .\nap?., Id., p. 642. * Theoph. Alex., epist. pasch., lib. Ij Hieron. Interp., Id., p. 693.