‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 46 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

a réellement pris noire humanité tout entière, excepté le péché. Ce n'était donc pas une chair sans âme avec le Verbe pour âme raisonnable. D'un autre côté Jésus-Christ n'a pas seulement pris l'âme animale, sensilive, pour compléter son humanité, sans quoi, par l'union d'une chair semblable à la nôtre et d'une âme différente, il paraîtrait, dans son incarnation, avoir à dessein choisi un juste milieu entre la nature humaine, qui lui aurait donné la chair, et la nature des brutes, dont il aurait emprunté l'âme dénuée d'intelligence, dépourvue de sentiment.

Avoir imaginé que l'âme de .lésus-Christ n'est autre chose que la prudence de la chair, est une niaiserie dont Théophile a eu bientôt raison \ Si la prudence, qui a son siège dans l'âme et qui la dirige, ne saurait être prise pour l'âme elle-même, à combien plus forte raison ne peut-on en aucune manière appeler du nom d'âme, ce qui n'est qu'une sorte d'instinct portant tout être vivant à veiller au soin de sa propre conservation.

En adressant à Pammachius età Marcella la traduction de celte Lettre paschale S Jérôme leur fait observer que la seconde et la troisième partie sont une réfutation des erreurs d'Apollinaire et d'Origène : ce mandement est une profession de foi, un ouvrage de dialectique, où Théophile arrache à ses adversaires des armes pour les combattre et remporter sur eux la victoire au profit de la vérité. « Que les disciples d'Apollinaire, s'écrie le pa- « Iriarche d'Alexandrie, cessent donc de défendre les li- « vres écrits par leur maître contre les doctrines de l'E- « glise, et qu'ils ne cherchent pas à l'excuser à cause de « ses autres ouvrages; quoiqu'il ait réfuté Arius, Euno- « mius, Origène, il ne faut point faire acception de sa

' Thi'oph.,id., p. fi94.

- Ep. LXXXVll, ad Pamm. et Marc; M., p. 690.

« personne, et se persuader que celui-là n'est pas cou- « pable qui ose enseigner des erreurs contre l'âme de « Jésus-Christ \ »

Nous avons recueilli ces documents épars dans saint Jérôme, pour nous former une idée nette et précise d'Apollinaire. Nous avons voulu connaître ce savant évêque, ange de lumière, changé tout à coup en esprit de ténèbres, au milieu de cet Orient trop souvent témoin de ces tristes métamorphoses. C'était un vaillant prélat que Basile estimait, qu'Épiphane aimait, dont Vincent de Lérins déplorait la chute, en célébrant ses écrits, ses vertus, ses combats, car Apollinaire avait souffert persécution pour la justice , et s'était fait exiler parce qu'il n'avait point voulu consacrer sa science et sa renommée au succès de l'hérésie arienne.

A l'exemple d'Eusèbe et de Méthodius, Apollinaire avait composé des milliers de vers contre Celse et Porphyre ^ : ce dernier révoquait en doute la vérité et l'authenticité des prophéties de Daniel % mais ses attaques furent énergiquement repoussées par l'évêque de Laodicée et par d'autres, qui prirent généreusement la défense du vrai contre les nouveaux disciples de Gorgias ou de Protagoras. Les champions de la bonne cause n'avaient pas, il est vrai, !a merveilleuse éloquence, la finesse du trait, la mordante ironie de Platon, le fléau des sophistes. Cependant, « voyez, écrivait Jérôme, « voyez par quels arguments, par quelles questions cap- « tieuses, ils déjouent les ruses d'un esprit infernal ! On (( les force à parler, aussi ne disent-ils point tout ce « qu'ils sentent : ils se contentent de répondre autant

* Theoph. Alex., epist. paschalis. Hieron. interp., lib. I, Id., p. C94.

* Apol. adv. Ruiinum, lib. H, Id., p. 433.

' Comment, in Daniel. Prologus,t. Hl, p. 1074.

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