‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 49 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Hilarion. Nous avons mieux aimé en parler ici au moment où Jérôme l'entendit de la bouche de Malch lui-même. L'illusion nous a été plus facile, elle nous a permis de laisser de côté le narrateur pour ne prêler attention qu'au héros. Et pourtant l'un et l'autre ont bien mérité de nous à plus d'un titre, car celte histoire nous amène à faire quelques observations curieuses. Nous voyons que longtemps avant saint Jérôme , dans le cours du ii'' siècle par conséquent', la vie monastique était régulièrement organisée avec ses lois, sa discipline, ses maisons communes soumises à l'autorité de l'abbé. Au point de vue de la critique littéraire, la peinture des mœurs des Ismaélites est d'une vérité historique encore saisissante de nos jours ; le petit tableau des fourmis est admirable de mouvement et de vie ; la vertu de Malch, et surtout celle de sa compagne, subit une épreuve dont les péripéties nous émeuvent profondément, et enfin, rien n'est plus dramatique que l'affreuse situation de ces deux malheureux n'ayant que le sentiment d'une conscience pure et irréprochable à opposer aux terreurs d'une mort imminente. Quelques traces de mauvais goût, une phrase qui sent un peu l'affectation, la recherche du rhéteur, des expressions obscures, des tours inusités sont les taches que nous avons remarquées dans la Vie de saint Malch, et nous aurons encore à les signaler dans les autres ouvrages de saint Jérôme.

' MoNTALEMBERT, Zes Jfotnes d'Occtden», f. I, liv. 11.

Saint Jérôme au. désert d.e Chialcis.

L'exemple de saint Malch, ses entretiens, sa naïve et merveilleuse histoire, ne faisaient qu'accroître la passion de Jérôme pour la vie monastique; enfin, l'an 374, il put accomplir le projet caressé si longtemps et traversé par tant d'obstacles, de s'en aller dans la solitude où ses rêves l'avaient déjà si souvent transporté d'avance. Il choisit pour sa retraite, sans doute parce qu'il. avait entendu Malch en parler, le désert de Chalcis*, immenses plaines sablonneuses qui séparent la Syrie du pays des Sarrasins, autrement dits Ismaélites, ou descendants d'Abraham par son fils Ismaël.

Cette région était, d'ailleurs, une nouvelle Thébaïde, où de nombreux chrétiens, dégoûtés du monde, venaient essayer de se faire philosophes, au sens de saint Grégoire de Nazianze, c'est-à-dire en se livrant à l'étude de la véritable sagesse, à la contemplation des choses d'en haut. Ces moines étaient, au besoin, de fervents missionnaires placés là, par la Providence, pour évangéliser les Perses elles Sarrasins qui habitaient la contrée % de vaillants soldats pour défendre la foi contre les attaques de l'hérésie. Parmi ces derniers se distinguait, un peu plus tard, le moine Aphraate, Perse d'origine, qui, malgré son extrême vieillesse, parcourait Antioche et les environs * , pour encourager et organiser la résistance des

' Ep. IV, ad Florentium, Opéra Ilieronymi, t. IV. pars II, p. 5.

* SozoMÈNE, Histoire 'ecclésiast., liv. VI, chap. xxxiv.

* Théodoret, Religiosa historia, Paris, in-folio, t. 111, p. 812.

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