‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 50 sur 236 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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catholiques, contre l'esprit de prosélytisme de l'empereur Valens, entièrement dévoué au succès de l'arianisme *.

Au milieu de ces saints anachorètes, Jérôme put savourer à loisir les délices de celte vie qu'il avait si longtemps et si ardemment souhaitée, vie d'étude et de prière, de silence et de mortification. Il a pris soin de nous faire lui-même, à grands traits, la description du lieu de sa retraite ^ C'était un affreux désert, brûlé par les ardeurs d'un soleil de tropique, qui avait bientôt donné à la peau des blancs la couleur et le vernis des Éthiopiens; ces lieux sauvages étaient fréquentés par des bêtes féroces dont il fallait devenir l'hôte habituel, et l'on y trouvait un grand nombre de scorpions dont on se faisait le commensal familier. L'aspect monotone de ce désert n'était varié que par des rochers et des cavernes', où les moines trouvaient une demeure dont la curiosité publique n'osait violer les saintes horreurs.

Quelle différence entre ce tableau désolé et la riante peinture que saint Basile nous a laissée de son ermitage S car lui aussi, s'était fait moine, avant de compter parmi ceux qui donnèrent des règles aux institutions monastiques ; « Je suis allé dans le Pont pour chercher « la vie qu'il me faut. Dieu m'y a fait trouver un asile « conforme à mes goûts. Ce que nous avons pris plaisir « à nous figurer en imagination, il m'est donné de le voir « en réalité : c'est une haute montagne enveloppée d'une « épaisse forêt, arrosée du côté du nord par des sources

* « Où vas-tu? » disait un jour Valens à ce même Aphraate. « Je vais prier pour votre empire, » répondit le moine. (Théod. Ilist. codes., liv IN ch. XXVI.

* Ep. XVUl, ad Eustoclîium, t. IV, p. 30.

' Ep. XIY, Basilius ad Gregoriura. Paris 1730, in-folio, t. lU, p. 93.

« fraîches et limpiaes. Au pied s'étend une plaine tou- « jours fertilisée par les eaux qui tombent des hauteurs; « la forêt qui jette à l'enlour ses arbres de toute espèce « et plantés au hasard, lui sert, pour ainsi dire, de mur « et de défense. L'île de Calypso serait peu de chose autt près, quoique Homère l'ait admirée plus que toutes « les autres pour sabeauté. Ce lieu se partage en deux « vallées profondes : d'un côté, le fleuve qui se précipite « de la crête du mont, forme par son cours une barrière « continue et difficile à franchir; de l'autre, une large « coupe de la montagne qui communique à la vallée par « quelques chemins tortueux, ferme tout passage. Il n'y « a qu'une seule entrée dont nous sommes les maîtres. « Ma demeure est bâtie sur la pointe la plus avancée « d'un autre sommet, de sorte que la vallée se découvre « et s'étend sous mes yeux, et que je puis, d'en haut, « regarder le cours du fleuve plus agréable pour moi « que le Strymon ne l'est aux habitants d'Amphipolis. « Les eaux tranquilles et dormantes du Strymon méri- « tent à peine le nom de fleuve: mais le mien, le plus « rapide fleuve que je connaisse, se heurte contre une « roche voisine et, repoussé par elle, retombe en torrent, « qui me donne à la fois le plus ravissant spectacle et la « plus abondante nourriture, car il y a dans ses eaux un « nombre prodigieux de poissons. Parlerai-je des douces « vapeurs de la terre, et de la fraîcheur qui s'exhale du « fleuve? Un autre admirerait la variété des fleurs et le « chant des oiseaux ; mais je n'ai pas le loisir d'y faire « attention. Ce qu'il y a de mieux à dire de ce lieu, c'est i< qu'avec l'abondance de toutes choses, il me donne le « plus doux des biens pour moi, la tranquillité. Non-seu- « lement il est affranchi du bruit des villes, mais il ne « reçoit pas même de voyageurs, excepté parfois quel-

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