‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 51 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

« ques chasseurs qui viennent se mêler à nous ; car nous « avons aussi des bêtes fauves, non pas les ours et les « loups de vos montagnes, mais des troupeaux de cerfs « et de chèvres sauvages, des lièvres et autres animaux « semblables. Pardonnez-moi donc de fuir vers cet asile. « Alcméon lui-même s'arrêta quand il eut rencontré les « îles Échinades *. »

F^e génie si différent de ces deux grands hommes se trahit dans ces lignes échappées à leur plume, au milieu des épanchements d'une douce amitié. Tous deux ont le même amour de la solitude, tous deux se font ermites, mais chacun à sa manière. L'un, troublé par le remords, pressé par la crainte de l'enfer, cherche une prison où il puisse gémir, prier, pleurer; l'autre veut un séjour que son imagination poétique a choisi d'avance et qu'elle décore au souffle fécond des gracieuses fictions d'Homère, une sorte d'Éden où il puisse étudier et admirer Dieu dans ses œuvres, préludant ainsi à ce magnifique chant de triomphe qu'il entonnera plus tard à la louange du Dieu de la création; l'un court au désert où rien ne le distraira dans ses profondes méditations, dans les exercices de sa rude pénitence ; l'autre s'enferme dans un coin de terre, conforme à ce qu'il a rêvé, délicieuse oasis où la contemplation des beautés de la nature lui inspirera ces tableaux charmants, ces heureuses descriptions dont il a émaillé les pages de son Hexaméron.

Saint Basile et saint Jérôme ont été tous deux apôtres du monachisme : celui-ci, fidèle au caractère des Occidentaux dont il ne saurait se défaire, accoutumé aux manières froides et sévères du génie romain, inclinant, si j'osais le dire, vers ce rigorisme latin dont Caton est

' Traduction de M. Villemain, Tableau de l'éloquence chrét. : Saint Basile.

demeuré la vivante personnificalion, ne conçoit point la vie solitaire sans les impitoyables rigueurs des Pères du désert, sans les effrayantes austérités des cénobites égyptiens; celui-là, au contraire, guidé par l'esprit oriental dont il est la plus suave expression, élevé dans Athènes, ce pays de la grâce et de la beauté, dégagea l'ascétisme de ses sombres couleurs, l'humanisa, pour ainsi parler, en l'occupant aux travaux des champs, ou à l'élude, au milieu des moissons, des bois, des prairies. Par le spectacle de la nature ainsi fécondée et embellie, Basile environna d'une auréole poétique la vie contemplative, jusque-là confinée dans les rochers et les cavernes.

Si le génie de ces deux saints nous offre ces différences, il faut avouer que leurs fortunes ne se ressemblent pas davantage. Après avoir entendu et pratiqué la vie monastique, chacun suivant ses goûts et son humeur, tous deux durent abandonner leurs retraites. L'un, tantôt ermite, tantôt voyageur, passa sa vie à fuir et à rechercher celte société dont les défauts excitaient son âpre censure, et soulevaient dans son âme, des impatiences que la charité avait peine à contenir ; l'aulre, élevé sur le siège archiépiscopal de Césarée, consacra ses jours à corriger les vices de l'humanité, à calmer ses douleurs, à soulager ses infortunes. Jérôme meurt presque seul à Bethléem, entre quelques fidèles amis qui ont deviné les trésors d'affection cachés dans ce cœur sous une rudeécorce. Basile, chéri des chrétiens, aimé des Juifs, vénéré des païens, rend le dernier soupir au milieu d'une affliction générale; pour l'un, on redoutera de sanglantes obsèques, car les hérétiques et les mauvais chrétiens que ses traits acérés n'avaient pas épargnés, ont envahi déjà son pacifique monastère ; l'autre sera enseveli devant

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