‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 60 sur 236 · CHAPITRE ÏU · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÏU

sur Isaie\ Jérôme ne dit pas autre chose de ces satyres. Ces témoignages font simplement songer à certaines espèces de singes ou hommes des bois, dont les naturalistes ont reconnu l'humeur pétulante et agressive. Quelques Pères, Terlullien, Athénagore, Lactance ont rapporté la fable qui faisait naître en satyres des anges condamnés par Dieu à vivre sur la terre. Les rabbins ont poussé l'excentricité jusqu'à dire que Dieu avait commencé à créer ces êtres quand la nuit du sabbat vint le surprendre et l'empêcher de parfaire son ouvrage.

Touten insistant surl'existenceréelledeces êlresétranges, Jérôme n'est pas sans laisser paraître quelque incertitude ; il ne sait d'abord s'il faut encore y voir une ruse du démon, ou bien si le désert a réellement donné naissance à ces monstres. Ensuite les expressio.is qu'il emploie pour spécifier son satyre témoignent de son embarras ; il l'appelle : grandem homunculum, memoratum animaP. Il le range parmi les hestiœ, enfin quand il .nous le représente fuyant devant saint Antoine avec la rapidité d'un oiseau, il dit : peluîcum animal^. Puis il ajoute, pour ne laisser aucune place à l'incrédulité touchant le caractère purement physique de ces apparitions, qu'un homme de ce genre, et ne tenant nullement du prodige, avait été apporté vivant à Alexandrie, où le peuple put l'examiner à loisir, qu'on prit soin de l'embaumer après sa mort pour le transporter à Antioche, où se trouvait alors l'empereur Constance*. Plularque rapporte, dans la Vie de Sylla^ que le dictateur vit, àDyrrachium, un satyre que l'on avait surpris pendant son sommeil; il ne

* Comment, in haïam, liv. V, cap. xiii, t. 111, p. 111. » Vita sancti Pauli, t. IV, p. 71.

' Idem.

* Idem,

* Plctarqce, Vie de SijUa, cli. xxxii.

pouvait faire entendre que des cris inarticulés, sa voix tenait du bêlement et du hennissement. En cela, il se rapproche beaucoup du premier monstre qui apparut à saint Antoine. Dans son Histoire naturelle *, Pline ne doute nullement de l'existence de ces satyres. La Fontaine, en cela, partage son sentiments mais le fabuliste nous a aussi raconté l'histoire d'un singe et d'un dauphin, et il cite à ce propos raulorité du naturaliste latin rapportant une charmante anecdote pour prouver que le dauphin est l'ami de l'homme ' :

Pline le dit, il le faut croire;

malheureusement, nous n'avons pas sa bonne foi, et au point de vue naturel, nous croyons devoir nous tenir en garde contre les dauphins de Pline, les satyres de Plularque et les monstres de saint Jérôme*.

Au milieu de sa solitude, notre ermite n'était pas cependant tellement occupé des morts, qu'il n'eût parfois le temps de songer aux vivants; aussi s'empressa-t-il de faire connaître à ses amis la biographie qu'il venait de composer, et il en offrit la dédicace à l'un d'eux, à Paul de Concordia, comme témoignage d'affection et de bon souvenir. D'ailleurs, ceux-ci n'étaient point restés si longtemps sans nouvelles de l'ermite de Ghalcis; de retour dans Aquilée, Héliodore leur avait raconté son voyage, ses courses en Orient, et il ne manqua point de leur parler longuement de Jérôme. On lui écrivit aussitôt \ et des lettres de Julien, de Jovinus, de Chromalius

* PuNE, Uist. nat., liv. VII, ch. m.

« Fables Vil du IV livre et VII du V". ^ Idem.

* En refusant de croire au caractère simplement naturel de ces apparitions, nous n'avons pas eu la pensée de les discuter au point de vue surnaturel.

" Ep. Vil, ad Chromât., Euseb., t. IV, p. 13.

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