‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 62 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

tourner les difficultés. Tel est ici noire saint : après avoir flatlé les susceptibilités de son vieil ami, Jérôme, avec une grâce charmante, se compare aux Grecs qui se faisaient payer leurs louanges ; aussi pour sa peine, demande-t-il à Paul les Commentaires deFortunatianus, l'histoire des Césars d'Aurélius Victor, les lettres de l'hérétique Novatien , qu'il veut lire, dit-il, « afin de mieux apprécier « l'antidote préparé par saint Cyprien cortre le venin de « celte nouvelle erreur*. » En retour, Jérôme lui ofre la Vie du premier Ermite, au vieux Paul, un Paul plus vieux encore; si bon accueil est fait à ce premier échantillon , l'auteur confesse qu'il tient en réserve d'autres marchandises du même genre, et qu'en les envoyant à son ami, il se propose d'y joindre quelques fruits cueillis dans les champs de la littérature orientale.

Jérôme écrivait en même temps à ses autres amis d'Occident : à Julien^, pour le remercier d'avoir ramené sa sœur dans la voie de la vertu en la faisant ren:.ître à lavie de la grâce ; à Chromatius, à Eusébius, à Jovinus% pour leur parler de son cher Bonosus, pour recommander sa sœur à leurs, sages conseils, sa sœur encore faible et chancelante , sa sœur pour laquelle il redoute, avec Virgile, tout, même les lieux les plus sûrs. Il écrit aussi au sous-diacre Nicéas S son compagnon de voyage en Orient, à Chrysogonus% aux vierges d'^Emona % à Antoine', moine de cette môme ville : il leur reproche à tous leur silence, et il les supplie de lui écrire plus souvent. Nous

• F4). X, ad Panlum, t. IV, p. 17.

* Ep. VI, ad .lulianum. Id., p. 12.

3 Ep. VII, ad Chioni. Euséb. Jov. Id., p. 14.

* Ep. VJll, ad Niceam hypodiaconum. Id., p. 14. " Ep. IX, ad Chrysogonum. Ici., p. 15.

• Ep. Xll, ad Viigines .^inonenscs. Id., p. 17. ' Ep. XI, ad Antoniura. fci., p. 17.

devons reporter à celte époque la lettre qu'il adressait à sa tante Gastorina * : c'était pour la prier de mettre fin au dissident qui les avait brouillés ensemble avant son départ pour l'Orient : il emprunte la voix et les paroles de l'Esprit-Saint pour la calmer et l'amener à une prompte réconciliation. Rien, ni avant, ni après, ne nous fait deviner quelle fut l'origine et la fin de cet orage domestique.

Jérôme nous apparaît ainsi bien préoccupé de sa correspondance; à tous ses amis il demande des lettres, il ne trouve point d'expressions assez fortes pour stimuler l'indifférence de ceux qui ne lui écrivent pas , la paresse de ceux qui lui écrivent trop rarement. Comme autrefois Ovide, exilé sur les bords du Pont-Euxin parmi des peuplades sauvages à la voix rauque, à l'idiome rude et grossier, regrettait amèrement le grave et mélodieux langage du Latium , de même , Jérôme, dans son désert de Chalcis, se plaignait de n'entendre autour de lui parler que des Barbares, et les lettres de ses amis venaient seules apporter à ses oreilles comme un écho lointain et affaibli de la langue qu'il avait apprise à Rorne. Aussi, avec quelle effusion il les reçoit ! Avec quels transports il les lit! Elles sont là, devant lui, il ne les quitte pas des yeux, il les interroge , il s'entretient avec elles, il cause avec ces feuilles légères que chacun de ses amis a tout à coup animées de sa pensée, de ses sentiments ^ Pourquoi donc faut-il que ces lettres soient si courtes? Le papier ne manque pourtant pas, l'Egypte en fait commerce , et si quelque Plolémée bloquait encore les mers, Attale

' Ep. Xm, ad Castorinam. Id., p. 18.

* Ep. VII, ad Chrom. Euseb. Jov. Id., p. 13, — « Nunc cum veslris lilteris fabulor, illas amplector, illœ mccum loquuntur, illae lue tantum latine Eciunt. »

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