‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 67 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l'environnaient de leurs émissaires et l'obsédaient de leurs propositions. Avoir Jérôme pour soi, compter Jérôme au nombre de ses amis fidèles, eût été du plus favorable augure pour l'objet d'une préférence estimée si haut, et l'acquisition d'un semblable allié n'eût pas manqué de passer pour le gage assuré de la victoire. Jérôme se tenait en gardecontre toutes ces avances; il ne se trouvait assez sûr de l'orthodoxie d'aucun des prélats compétiteurs, aussi ne se prononçait-il pour personne. A chaque nouvelle tentative dirigée contre son opiniâtre neutralité, il répondait avec la même constance : Si quis Romœ adhœret, hic meus est ^.

C'était déjà là pour les chrétiens le vrai signe de ralliement, c'était la marque distinclive qui faisait reconnaître les véritables catholiques. Les païens avaient eu leur mot d'ordre : Numen imperatorum] triste protection pour les hommes d'alors, s'il faut en croire Suétone et Tacite, divinité fatale à la grandeur romaine, égide funeste pour la société, qui se tordait et mourait à son ombre comme l'infortunée Déjanire sous les plis empoisonnés de la robe du centaure Nessus. Mais les Césars ont disparu, le monde, qu'ils écrasaient sous un despotisme brutal, s'est affaissé comme un vieillard décrépit à qui des excès de tout genre n'ont pas laissé une goutte de sang généreux ; sur les ruines de l'empire écroulé, s'est élevé un peuple nouveau acclamant avec allégresse la venue du Soleil de justice, et le signe éclatant qui resplendit aux archives du monde régénéré sera désormais l'anneau du pêcheur: le caractère irréfragable qui distingue les membres de la société nouvelle sera l'adhésion au siège de ce môme pêcheur, l'union à la chaire de Pierre, la croyance en l'in-

* Ep. XVI, adDamasum papam. Id., p. 22.

défeclible infaillibilité du pontife romain. Jérôme ne chercha pas ailleurs lumière ou conseil, il demeura toujours attaché du fond du cœur au pape Damase ; celte foi inébranlable dans l'évêque de Rome fut le lest qui empêcha sa nacelle de chasser sur ses ancres, au milieu de la tempête qui agitait l'Église d'Anlioche. Il connaissait bien la vérité sur Paulin, dont il était déjà l'ami; mais s'il ne concevait aucun doute surson orthodoxie, comme les autres professaient la même foi et protestaient également de leur soum.ission à Rome, Jérôme se prenait à les soupçonner tous de fraude ou de mensonge *, ne sachant pas lequel était véritablement en communion avec Damase.

Dans ces incertitudes, il se contentait de demeurer uni de cœur et d'esprit à la chaire de Pierre ; telle était la crainte qu'il ressentait de manquer à cette fidélité, sa faute n'eût-elle été que matérielle, qu'il aurait désiré, s'il n'avait pas été séparé de Rome par une aussi grande distance, se rendre à la ville éternelle avec la régularité des Juifs accourant tous les ans à Jérusalem : il eût voulu participer là seulement aux saints mystères, et ne recevoir la divine Eucharistie que des mains du souverain pontife ^ Pour éviter jusqu'à l'ombre d'une offense à ce religieux attachement, Jérôme nous déclare qu'il s'adressait aux confesseurs d'Egypte, assuré que ceux-là du moins étaient en communion avec le pape.

Cet aveu est précieux pour nous, car il fixe la date de ces discussions dans l'Église d'Anlioche ; ces confesseurs, chassés d'Egypte, puis exilés en Syrie par l'empereur Valens, rentrèrent dans leur patrie sur un décret de Gra-

• Ep. XVI, ad Damasum, p. 23.

* Ep. XIV, Id., p. 19.

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