CHAPITRE m
lien. Ce décret parut en 378 \ il nous est donc impossible de prolonger au-delà de l'année 377 les discordes qui divisaient les quatre patriarches d'Anlioche, et les efforts que chacun tentait pour attirer Jérôme dans son parti.
LesMéléciens surtout se faisaient remarquer par l'infatigable activité qu'ils déployaient pour arriver à ces fins : à tout moment ils envoyaient demander à l'ermite de Chalcis de nouvelles professions de foi. Le signe auquel ils voulaient le reconnaître comme un des leurs, était l'emploi du mot Hypostase dans le sens qu'ils y attachaient. Par cette expression les Grecs entendaient signifier une personne, aussi ne craignaient-ils pas d'enseigner qu'il y a dans la sainte Trinité trois hypostases, c'esl-à-dire trois personnes. Chez les Latins, ce mot était synonyme d'essence, c'est pourquoi ils ne pouvaient dire qu'il y a dans la sainte Trinité trois hypostases, ou bien trois essences. On le voit, c'était, comme dit le proverbe latin, nodum quœrere in scirpo; il suffisait de s'entendre. Depuis l'an 372, dans un synode tenu à Alexandrie, saint Athanase avait fait droit au sens adopté par les uns et par les autres*^, quand il défendit toute contestation à ce sujet, après avoir établi qu'au singulier le mot hypostase voudrait dire essence ^ tandis qu'au pluriel il signifierait personne. Les partisans deMélèce l'employaient dans ce dernier sens et on les accusait d'être Ariens ; à leur tour, ils reprochaient à Paulin et aux siens d'être Sabelliens^ parce qu'ils admettaient la première signification. «. Je
' Vallaksii et Maff,ei, Vita sancti llicronymi, cap. v
* Le Nain de Tillemo.nt, Saint Jérôme, ait. XVI.
^ Sabellius enseignait que Dieu est h la vérité un en hypostase, mais que rLciiturele représente de difl'érentes manières, suivant les nécessités particulières, afin de distinguer les diverses opérations d'un même être.— Let. CCXIV, Saint Basile au comte Terentius, in-fol., t. III, p. 322.
« suis hérétique, disait Jérôme à Marc, parce que je crois « que la Trinité est consubstantielle , et je deviens Sait bellien parce que je ne me lasse point de dire qu'il y a « en Dieu tro^s personnes parfaites, distinctes et coexiste tantes*. »
Dans sa première lettre au pape Damase Jérôme écrit encore^ : «Maintenant, ô douleur! après le concile de « Nicée, après le décret porté par les Pères assemblés à « Alexandrie, les Campeuses^, cette race d'Ariens, veu- « lent que je me serve, moi, Romain, de leur nouvelle « expression et que je dise trois hypostases. Je demai^de « ce que peuvent signifier ces trois hypostases. — On me « répond : trois personnes coexistantes. — C'est bien « aussi là ma croyance. — Le sens ne suffit pas, on veut « que j'emploie le mot lui-même. Je ne sais vraiment « quel venin se dérobe sous ces lettres. J'ai beau crier : « si quelqu'un ne confesse pas qu'il y a trois hypostases, « c'est-à-dire trois personnes coexistantes en Dieu, qu'il « soit analhôme ; parce que je ne me sers pas de l'expres- « sion voulue, on me condamne comme hérétique. » Toutefois jamais on ne put arriver à lui faire dire trois hypostases , sans qu'il expliquât aussitôt le sens qu'il y attachait, de peur que la mauvaise foi de ses adversaires ne se prévalût plus tard d'une expression dont il n'aurait pas prévu et fixé la portée.
Nous trouvons ainsi nettement exprimé dans saint Jérôme la pensée de l'Église d'Occident : pour connaître le sentiment des Orientaux, sur ces débats et sur la question d'hypostase, détachons un passage d'une lettre écrite
* Ep. XV, ad Marcum, t. IV, p. 21.
* Ep. XIV, ad Damasum. Id., p. 20.
* On donnait ce nom aux Méléclens, parce qu'ils se rassemblaient dans les champs, ou dans une église hors des murs. Race d'Ariens rappelle la part que les cvéques hérétiques, Acace et George, prirent à l'élecUon de Mélèce.