CHAPITRE m
vers celle époque par saint Basile au comte Térentius. C'était un grand personnage de l'empire qui avait d'abord renoncé aux rêves de l'ambition pour nes'occuper quede son salut *; puis contraint de reprendre sa place au maniement des affaires, il vivait à Antioche dans l'exercice de ses hautes fonctions% et dans la pratique de toutesles vertus. Ses filles engagées parmi les diaconesses faisaient la gloire de cet ordre par leurpiélé éclairée et leur fermeté dans la foi ^ Profilant de l'absence de Mélèce que Valeus venait d'envoyer en exil, les partisans de Paulin tentèrent une démarche auprès de Térentius pour le prier d'employer son crédit à gagner les Méléciens, afin d'amener la fusion des deux partis catholiques. A celle nouvelle, saint Basile, entièrement dévoué à la cause de Mélèce auquel il était intimement lié, s'empressa d'écrire au comte Térentius dont il était l'ami, pour l'engager à n'accepter point une semblable mission, vu qu'elle serait pour lui une source d'ennuis et d'embarras ^ : « Nous u n'accusons personne, dit-il, et nous désirons demeurer « fidèles à la charité envers tous, surtout envers nos frères « dans la foi, c'est pourquoi nous félicitons ceux qui ont « reçu des lettres de Rome; si c'est là un éclatant lémoi- « gnage en leur faveur, nous souhaitons qu'il soit vrai et « confirmé par les œuvres. Cependant, jamais à cause de « cela nous ne nous déciderons à méconnaître Mélèce, à « oublier l'Eglise dont il est le chef, et à négliger les « questions qui, dans le principe, ont donné naissance à u ces débats, sous prétexte qu'elles sont choses futiles
* Saint Basile, OEmres complètes, éd. bénédictine, t. 111, lettre CCXIV, p. 321.
* Idem, p. 321.
3 W., lettre GV, p. 199.
* Id., lettre CCXIV, p. 32i.
« el que la piété des fidèles n'y est guère intéressée. f> Saint Basile fait évidemment allusion aux lettres apportées par Vital, il en parle avec une certaine amertume. D'après le conseil d'Athanase, il avait, depuis longtemps déjà, écrit au pape au sujet des troubles d'Antioche, et dans le but de servir les intérêts de Mélèce. Damase, mieux renseigné sans doute, ne tint pas compte des avis de l'archevêque de Césarée. Basile en fut froissé, il laissa paraître son mécontentement dans quelques lettres; nous en retrouvons encore une légère teinte dans les lignes que nous venons de citer au comte Térentius. Passant ensuite au mot hypostase, il montre que l'hérésie arienne reposait tout entière sur le mot de consubstantiel qu'ils ne voulaient pas accepter, et «il s'exprime ainsi* : « Quel « crime plus odieux et plus propre à inquiéter la foi des « fidèles , que d'entendre quelques-uns parmi nous en- « seigner que le Père, le Fils et le Saint-Esprit ne for- « ment qu'une hypostase, quand même ils insisteraient « expressément sur la distinction des personnes? Sabel- « lius ne prétendait pas autre chose, lorsqu'il avançait « que Dieu était un en hypostase, mais que l'Ecriture en « faisait un Dieu en trois personnes. Père, Fils et Saint- « Esprit suivant l'occurrence ^ La preuve qu'Hypostase « et Essence ne son», pas une même chose, c'est que les « Occidentaux eux-mêmes, pressés par la pauvreté de « leur langue, ont conservé le mot grec oWa pour signi- « fier essence, afin que la différence des mots marquât « aussi la distinction du sens. »
En butte à ces misérables tracasseries et ainsi pressé de toutes parts, Jérôme eut recours au pape, il écrivit à Damase cette lettre dont nous avons déjà cité un passage
' Saint-Basile, id., lettre CCXIV, p. 322. * Idem.