CHAPITRE HI
importante Elle mérite une attention particulière, car c'est un document précieux pour l'histoire : elle nous montre la suprématie du pontife romain reconnue, confirmée, et comme on dirait aujourd'hui, depuis longtemps déjà passée à l'état de fait accompli. Cette lettre nous offre encore un exemple des relations qui existaient entre les Eglises d'Orient et d'Occident, cl elle nous découvre jusqu'à quel point s'était envenimé le mal qui travaillait la chrétienté d'Antioche. Jérôme écrit sous le poids d'une immense douleur, son âme est profondément attristée, lorsque , après avoir admiré le calme et la tranquillité de l'Occident où la lumière ne s'est pas obscurcie, où le sel de la terre ne s'est pas affadi, il compare cet étal florissant avec la situation lamentable de l'Orient. Ici, la semence de l'Evangile ne produit plus que de l'ivraie, Lucifer précipité du ciel semble y avoir rétabli son empire, les vases d'or et d'argent ont fait place aux vases de bois ou de terre que menacent déjà la verge de fer et les flammes éternelles. Avec quelle ardeur et quelle conviction il proteste ensuite de son dévoùment au pape , de son attachement à l'Eglise romaine , nouvelle arche de Noé hors laquelle il ne peut y avoir de salut! Avec quelle énergie, il s'écrie ^ : « Je ne connais point Vital , je ne « tiens pas à Mélèce, je n'ai point de relations avec Pau- « lin ; quiconque ne recueille pas avec toi, disperse , « c'est-à-dire, celui qui n'est pas au Christ appartient « nécessairement à l'Antéchrist. »
Jérôme expose ensuite les ennuis qu'il endure au sujet du mot hypo&lase; il exprime ses craintes à l'endroit de ces expressions nouvelles que l'on veut à toute force in-
* Ep. XIV, ad Dainasum. t. IV, p. 19. » Idem, p. 20.
troduire dans la langue de l'Église *. « Toute l'école pro- « fane, dit-il, n'entend par hypostase autre chose qu'es- « sence ; qui donc serait assez impie pour dire qu'il y en a « trois... ? S'il en est ainsi, pourquoi élever des barrières w entre les Ariens et nous? Qu'Ursin^ entre en commu- « nion avec Votre Sainteté, qu'AuxenceUendelamain à « Ambroise... Contentons-nous donc de dire une essence « et trois personnes coexistantes , parfaites , égales , « coélernelles. Laissons de côté ces trois hypostases, car « le miel cache le poison, et Satan s'est transformé en « ange de lumière. En effet, pourquoi tenir tant à un « mot? que cachent-ils donc sous l'ambiguïté de cette « expression ?» — Cependant, fidèle à l'obéissance qa'il a vouée au Saint-Siège, il promet d'employer ces mots ou de continuer aies rejeter, selon la réponse qu'il recevra du souverain pontife. Il lui demande en même temps qu'il veuille bien achever de le tirer d'embarras en lui disant avec quel evêque il doit entrer en communion.
Jérôme écrivit cette lettre de son désert de Chalcis, et craignant que pour arriver à lui la réponse ne s'égarât en chemin, il priait Damase de l'adresser à Evagre; celui-ci était bien connu à Rome depuis les services qu'il avait rendus à l'Eglise lors de son voyage en Italie et dans les Gaules \
Cette correspondance nous apprend avec quelle scrupuleuse lenteur l'Église a coutume de procéder dans tous
* Ep. XIV, idem.
* Ursinus ou Urcisinus était l'adversaire du pape Damase. Saint Ambroise nous a laissé dans quelques-unes de ses lettres des «détails sur ce partisan caché des Ariens. — Saint Ambr. cp. XI, ad Gratian. Valent. Theod., t. VIII, p. 2C7. — MuRATORi, Annali d'Italia, an 36C, indizione IX.
^ Cet Auxence dut son élévation à la faveur de l'impératrice Justine qui voulut l'opposer à saint Ambroise. — Sermo adv. Auxentium, Sancti Am- BROSil Opéra, éd. Parent Desbarres, t. VIII. p. 342.
* Ep. XVII, ad lnnoc.,t. IV, p. 26.