‹ Les voyages de Saint Jérome, sa vie, ses œuvres, son influenceChapitre 71 sur 236 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

les temps, lorsqu'il est question de définir son dogme, d'éclairer un point de sa doctrine , ou même quand il ne s'agit que de former sa langue, d'y faire entrer de nouvelles expressions. En matière de foi et d'enseignement dogmatique , les mots doivent exactement remplir le précepte de Fénelon, et n'être que le vêtement juste et précis de la pensée, sans ornements pour flatter l'oreille, sans parures pour faire illusion à l'esprit. Ils ne sont plus comme les feuilles de nos bois à qui Horace emprunte une comparaison si gracieuse % la mode ne saurait les faire fleurir, l'usage ne saurait les faire tomber; ils ressemblent à ces pièces de monnaies romaines, marquées du signe de la victoire, le temps n'arriverait qu'àébrécher sa faux s'il essayait d'en effacer l'empreinte.

Ainsi, Jérôme attendait à prendre une détermination. Sur ces entrefaites, parut le décret porté par Gratien pourmettreun terme àl'exil des confesseurs d'Egypte, et signifier à ces saints prélats l'ordre si longtemps souhaité de retourner dans leur patrie. Mélèce revint alors à Antioche; lui aussi portait au front la glorieuse auréole des confesseurs, car il avait pris et repris le chemin de l'exil sous Constance et sous Julien. Une nouvelle condamnation de Valons l'avait une troisième fois chassé de son Église, lorsqu'il fut rappelé par le bienveillant édit de Gi'atien. 11 fut rétabli sur son siège par les soins de Saper, que l'empereur avait chargé de terminer enfin la question, depuis si longtemps pendante, du patriarcat d'Antioche^ La protection de ce général augmenta l'audace des Méléciens; de concert, ils tentèrent un dernier

' Horace, Arl poétique, v, Cl.

• Vallarsii et MAFFiEi, Yila sancti Hieron., cap. xi.

effort pour avoir raison de Jérôme, vaincre sa résistance et le gagner déOnilivement à leur cause.

L'année 378 courait à sa fin , il n'avait encore reçu aucune lettre de Rome; il écrivit de nouveau au pape Damase. Pour excuser cette démarche, et en écarter l'êpithète d'importune, Jérôme, fort de la connaissance des saints Evangiles, allègue les instances de la Chananéenne, la persévérance de ce visiteur nocturne dont les prières, j'allais dire indiscrètes, finissent par être exaucées. Il invoque ces exemples pour excuser la constance qu'il montre à solliciter de Rome une réponse qui doit bainir ses craintes et dissiper ses incertitudes. Il fait allusion à l'arrivée de Sapor, à^ l'intervention du commissaire impérial, quand il dit* : « Enhardie par un puissant « secours, la rage des Ariens frémit. » Puis il ajoute : « L'Eglise est divisée en trois factions, chacune essaye « de m'entraîner, et je vois se tourner contre moi Tauto- « rite même des moines qui partagent ma solitude. >> — C'est pourquoi, au nom de tout ce qu'il y a de plus sacré, il supplie le Saint-Père de lui répondre avec quel évêque il doit entrer en communion, lui qui n'a et ne veut jamais avoir que la même devise^: « Si quelqu'un « adhère à la chaire de Pierre, je me range de son « parti. »

Ces discordes avaient fini par aigrir le caractère de Jérôme, et le rendre injuste envers Mélèce et ses partisans. Ils ne méritaient nullement d'être confondus avec les Ariens, car, dans leur enseignement, on ne pouvait rien noter qui ne fût entièrement conforme à l'orthodoxie. Il ne faut pas trop en vouloir à notre Saint pour celte petite irritation, elle est certes bien excusable.

* Ep. XVI, ad Damasum, t. IV, p. 22.

* Idem.

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