CHAPITRE ITI
confié l'expression de sa foi à un homme qui ne lui inspirait que des défiances *.
Enfin, fatigué de ces continuelles agressions, Jérôme se décida à quitter son désert de Ghalcis \ a Tout ce « qu'ils désirent, disait-il en parlant de ceux qui es- « sayaient ainsi mille moyens de le gagner, c'est que je « m'en aille d'ici. Eh bien ! je leur cède la place. « Il avait seulement demandé qu'on le laissât jusqu'au printemps goûter encore pendant quelques mois le bonheur d'être seul dans l'asile qu'il s'était choisi. Malgré tout, il ne s'éloigna pas sans peine de sa solitude bien-aimée, et vingt ans après, ouvrant son cœur à son cher Pammachus, il écrivait ' : « Plût à Dieu que la retraite où je « m'étais enfermé jadis m'eût toujours retenu ! » Sans doute, il y avait passé des moments heureux, le calme est si doux après la tempête ! Quand on a senti sa barque se briser sur les écueils, quand on a vu la mort accourir menaçante au sommet de chaque vague, sur le roc le plus inhospitalier, la vie a tant d'attraits que, dûton la prolonger loin des autres hommes, pénétré de reconnaissance, on dirait encore avec le poëte :
Deus nobis hsec otia fecit.
Après les jouissances coupables et les heures de folle ivresse, Jérôme s'était reposé dans les joies intellectuelles, dans le silence de ses passions domptées par les saintes rigueurs de la pénitence. Pourtant, il n'avait pu trouver le calme parfait, et le ciel de Ghalcis n'avait pas toujours été sans nuages. Epuisé par la mortification,
' Le texte de la Chronique n'est point fait pour dissiper les nuages, car saint Jérùmejcoinpleïquatre Cynlle,'.Cyrillo Eulychius, Cyrille liilairc, Cyrille Irénée; le dernier, qu'il appelle du seul nom de Cyrille, est loin d'être présenté sous des couleurs favorables.
' Rp. XV, ad Marcuui, t. IV, p. 22.
» Ep. LV, ad Pammach. Id., p. 587.
exténué par l'étude et les veilles, son corps languissait tristement, cédant tour à tour à l'excès de la fatigue et aux atteintes de la maladie ; il ressemblait à ces fleurs du désert qu'un peu d'humidité fait croître et s'épanouir entre les fentes d'un rocher, et qui tombent bientôt desséchées sur leur tige, brûlées par les vents d'été ou par les ardeurs du soleil. Cette frêle enveloppe cachait une grande âme et une puissante volonté ; aussi, malgré ses défaillances perpétuelles , Jérôme trouvait encore ses ailes pour franchir les limites de sa solitude, et s'élancer vers le séjour des grandes villes, où l'attendaient de nouveaux ennemis, de nouvelles tribulations.
Retour de saint Jérôme ùt Antioche.
En 379, à l'âge de trente- trois ans, Jérôme quitta sa retraite de Ghalcis, où le calme ne lui semblait plus possible, pour revenir à Antioche. La maison de son cher Evagre était la sienne, il s'y rendit aussitôt et ne songea pas à chercher ailleurs le vivre et le couvert. L'hospitalité la plus généreuse justifia sa confiance : dans ce nouvel asile, l'ermite de Chalcis , entouré des soins qu'une amitié sincère lui prodiguait avec joie, vit s'enchaîner encore pour lui des jours de paix et de bonheur. La tourmente était apaisée, le ciel avait recouvré sa sérénité, notre saint put reprendre ses études avec plus d'ardeur que jamais, à l'abri de toute poursuite, éloigné de toute discussion. Evagre s'était déjà rangé du parti de Paulin, malgré la promesse qu'il avait faite à saint