CHAPITRE ni
Basile de ne s'attacher qu'à Mélèce, dont l'archevêque de Gésarée défendit toujours énergiquement la cause \
L'exemple de son ami n'entraîna pas Jérôme ; il attendit patiemment la réponse du souverain pontife aux deux lettres qu'il avait écrites. Mais il n'hésita plus à se prononcer dès que Damase lui eut fait connaître qu'il devait rejeter Mélèce, et accepter Paulin comme patriarche d'Antioche.
Quoique notre saint fût tout dévoué à Paulin, que Lucifer avait élevé à l'épiscopat, il ne se croyait pas obligé d'en porter la reconnaissance à l'évêque de Calaris, jusqu'à partager ses erreurs. Le schisme des Lucifériens, dont ce prélat était l'auteur, comptait déjà, quoique né de la veille, un grand nombre d'adeptes en Orient, et menaçait de pénétrer en Occident. Jérôme n'attendait qu'une occasion pour engager le combat avec les nouveaux sectaires. Elle se présenta bientôt : c'était la
^ Ce fut à son retour de Cappadoce en 373 : cette façon d'agir refroidit tout à coup les rapports intimes qui s'étaient établis entre saint Basile et Évagre, Lorsque la rivalité de Mélèce et de Paulin excita les troubles les plus violents dans Antioche, Évagre écrivit à saint Basile, pour le prier de vouloir bien interposer son autorité, de faire servir sa médiation à concilier les esprits et à rétablir la paix parmi les dissidents. L'archevêque répondit que son âge et l'état de sa santé ne lui permettaient pas de se charger d'une aussi grave affaire, qu'il souhaitait ardemment la paix, mais qu'autant il la désirait, autant il se voyait dans l'impossibilité de la procurer. « Si de mes lèvres, dit-il, « coulaient des flots d'éloquence, si mes discours, mes actions, mon esprit « me permettaient de concevoir l'espérance d'apaiser ces différends, je pour- « rais accepter cette tâche didici le. Cependant peut-être ne me conseilleriez- >• vous pas de prendre pour moi-même ce souci, puisque, par la grâce de « Dieu, il y a là un évoque qui doit avoir soin de son Ëglise. 11 ne peut « venir à moi, je ne puis aller vers lui à cause de l'hiver ; de plus, mes « forces sont épuisées par une longue maladie, et pour les plus robustes « même, le passagi' des montagnes d'Arménie sera bientôt impossible. .le « pourrai facilement lui écrire, quoique d'une lettre je n'aie jamais attendu '< rien de sérieux... .l'ai appris avec tristesse de mon cher fils le diacre Do- » rothée que vous n'étiez pas des leurs (c'est-à-dire du parti de Mélèce), si j'ai « bon souvenir, ce n'est pas là ce dont nous étions convenus. » (S. Basile, Lettre CLVI h Ëvagre.)
première fois que le jeune athlète entrait en lice. Semblable aux lutteurs antiques que la Grèce voyait renoncer à tous les plaisirs, se retirer à l'écart et se soumettre au régime le plus austère, se fortifier par des exercices violents pour préluder au combat dont la victoire couronnait leurs fronts du laurier triomphal, Jérôme s'était préparé par des études sérieuses à la défense de la vérité; il se présentait dans l'arène avec une connaissance approfondie des saintes Ecritures et de la tradition, qu'il avait eu le temps de méditer dans le désert de Chalcis. Il allait essayer ses forces et ses armes, ouvrir sa carrière de soldat de la foi, marquer glorieusement sa première étape sur la longue route qu'il devait parcourir, en combattant pour la paix de l'Eglise et la défense de ses doctrines.
Pendant que les Lucifériens travaillaient à propager leurs erreurs, il advint qu'un des leurs, nommé Helladius, rencontra un catholique sur une place d'Antioche, et une discussion s'engagea entre eux \ Elle se prolongea le premier jour jusqu'au soir, et l'on se sépara après avoir échangé, comme il arrive souvent en pareille occurrence, des injures à défaut de raisons. La question ne put être jugée: on voulut cependant vider le débat, et l'on convint d'un rendez-vous le lendemain malin, sous un portique, où des notaires recueilleraient les preuves alléguées par chaque adversaire pour la défense de sa cause. Jérôme était présent à la conférence, il en publia les détails dans l'intérêt de la vérité: son ouvrage, eu égard au temps où il parut, aux événements qu'il rappelle, jette une grande lumière sur l'histoire de l'Eglise pendant cette période de troubles et de disputes théologiques.
Il nous éclaire tout d'abord sur l'origine de la secte
* Sanctus Hieronymus adv. Luciferianos, t. IV, pars II, p. 289.